samedi 1 mai 2010

Au Bon Coin.




Deux fois par an, je suis invité au Bon Coin, un café associatif chrétien de Soissons, pour y donner une conférence suivie d'un débat. Edgar, le maître des lieux, prépare un succulent repas avant les nourritures intellectuelles. C'est parfait, je n'aime pas penser le ventre vide. Hier, j'ai disserté sur une figure imposée, la montée du racisme. Personnellement, je n'aurais pas choisi ce thème, trop rebattu. Mais il faut aller à ce qui intéresse le public.

J'ai essayé d'échapper aux clichés, aux lieux communs. L'objectif, pour moi, est toujours le même, quelles que soient finalement mes activités : donner à réfléchir, briser le mimétisme qui fait que les êtres humains se complaisent à répéter ce qu'ils entendent, développer le sens critique, encourager chacun à développer une petite pensée personnelle, démontrer que la philosophie est une entreprise réaliste et jouissive. Je crois y parvenir la plupart du temps.

vendredi 30 avril 2010

Goûter philo à Vaux.


J'ai animé cet après-midi un goûter philo sur le thème de la solidarité, à l'école de Vaux, à Laon (vignette 1). Dans une semaine, même jour, même heure, même lieu, lors du lancement de la Quinzaine de l'Ecole Publique par la Ligue de l'enseignement, j'inviterai les élèves à reprendre certaines questions (vignette 2) que nous avons travaillées aujourd'hui. Ce mini-goûter philo d'environ dix minutes sera une façon originale d'agrémenter une cérémonie très protocolaire.

jeudi 29 avril 2010

Un plan et un article.




Vignette 1 : le plan de ma conférence d'hier à l'Université du Temps Libre de Cambrai, consacrée à la philosophie bouddhiste. Un étudiant a eu la bonne idée de déposer sur mon bureau une statuette du Bouddha, qui a ainsi présidé à nos débats.

Vignette 2 : l'article à propos du dernier café philo que j'ai animé à Soissons, rédigé par Denis Mahaffey, le correspondant local de L'Union, qui porte toujours un regard très juste sur nos échanges philosophiques.

mercredi 28 avril 2010

Un point c'est tout.


Je reviens comme promis sur le café philo des Phares de dimanche. Parmi une bonne dizaine de sujets, je suis allé à la difficulté en choisissant "Un point c'est tout". Car il faut en parler pendant deux heures, sans préparation ! Pas évident ... Je vous livre ce que j'ai pu en retenir :

Un point c'est tout termine un débat, stoppe une pensée, interrompt une situation, impose, ordonne. La formule est impérative, autoritaire, peut-être même fascisante ! Le point en question est final, brutal. Au nom de quoi nous prive-t-il de la suite, quelle qu'elle soit ? Un point c'est tout n'est jamais souriant, son ton est toujours cassant, désagréable. Notre liberté se sent bafouée. Ce point est en réalité un poing qui nous frappe.

Mais n'a-t-il pas, après tout, sa légitimité ? Quand un débat s'éternise, quand la pensée se perd dans des méandres, quand une situation tourne à la confusion, un point c'est tout met un terme au désordre et rassure son monde. Il est un acte de courage, une ferme décision qui rétablit un peu de cohérence. Il n'est autoritaire que face à l'anarchie, parce qu'il y a anarchie. Dans la normalité ou l'harmonie, un point c'est tout ne se justifie pas.

N'est-il pas aussi l'affirmation de la morale ? Ne pas mentir, ne pas tuer, ne pas voler, respecter autrui, secourir le faible, ça ne s'explique pas, ça peut même être critiqués, rejetés. Un point c'est tout instaure le bon sens moral. Sa certitude est quasi kantienne, son assurance écarte toute forme oiseuse et dangereuse de contestation. Quand l'enfant questionne stupidement le parent, quand l'élève remet en cause les propos de l'enseignant, un point c'est tout remet les choses en place et les idées à l'endroit. Sans son intervention, le mal finirait par l'emporter sur le bien.

Un point c'est tout peut être interprété mathématiquement. Le point est une figure centrale de la géométrie euclidienne. Mais ce point est-il vraiment le tout ? Non, il en est la plus infinitésimale composante. Un point, loin d'être tout, est plutôt rien puisqu'il n'a pas de surface. C'est la plus abstraite des catégories. Le point est insaisissable mais en même temps fondamental puisque fondateur de toutes les autres figures de la géométrie.

En astrophysique, en revanche, un point c'est vraiment tout, puisque l'univers est conçu comme un concentré ponctuel d'énergie et de matière d'où a surgi la totalité, le monde. Mais ce point ne conclut rien : au contraire, il est une origine. Tout devient possible à partir de lui. Le point est alors le germe, la graine qui engendrent tout.

En matière d'art, le point de vue, le point de fuite, la perspective permettent d'organiser le tout, de faire apparaître un monde. Chez Nietzsche, tout est question de point de vue, de regard posé sur la vie. On retrouve ici le point comme départ et ordonnancement de la totalité. Archimède, de son côté, cherchait un point fixe, un point d'appui à partir duquel il pourrait faire basculer le monde.

Dans le langage et sa ponctuation, le point est le seul signe qui soit indispensable si l'on veut que l'écriture ait un sens. On ne peut pas se passer de ponctuer, sinon la phrase n'existe pas, se transforme et se déforme en logorrhée. Le paradoxe, c'est que le point termine autant qu'il commence. Il achève un avant et annonce un après. Tous les points ne sont pas finaux (sans jeu de mots !). La philosophie, quant à elle, privilégie le point d'interrogation, qui lance la réflexion, et les points de suspension, qui laissent à chacun le soin de compléter et de méditer. Elle se méfie néanmoins des points d'exclamation, trop vifs, trop déclamatoires, qui ne prennent pas assez le temps de penser.

En langage jeune inspiré de l'informatique, il y a l'actuel et insupportable point barre, qui non seulement nous impose un point mais le redouble par une barre ! Mais ne faut-il pas y voir l'impatience de la jeunesse, qui ne veut pas trop se casser la tête (se prendre la tête, dit-elle) et qui a peut-être raison ? Le point barre est une façon de tourner la page, de passer à autre chose.

N'est-ce pas, au bout du compte, le réel qui s'impose à nous dans le un point c'est tout ? C'est comme ça et pas autrement, dirait-on également. La nécessité est rappelée, aucune contingence n'est concevable. Un point c'est tout est le socle du monde et de l'existence. On ne peut certes pas le généraliser, tout le monde, n'importe quand, n'est pas autorisé à le prononcer mais son énonciation est à certains moments inévitable. Un point c'est tout.

mardi 27 avril 2010

L'Aisne Philo.




L'Aisne Nouvelle serait-elle devenue L'Aisne Philo ? A en croire son numéro d'aujourd'hui, oui. Le Café Philo de Bernot (vignette 1) est relaté : il était animé par Raphaël, bloqué que j'étais dans mon Berry natal par la grève des trains. Dommage, d'autant que le sujet était autant intéressant qu'épineux : La politique est-elle utile ?

Le Café Philo de Guise est lui aussi l'objet d'un article, quelques pages plus loin (vignette 2). C'était celui dont je vous ai parlé samedi, dans une boulangerie, sur le thème : Peut-on éviter les inégalités sociales ? Arthur Nouaillat, présent, en fait une très bonne synthèse sur son blog.

Et qu'est-ce qui m'attend dans les prochains jours ? Demain une conférence sur la philosophie bouddhiste chez mes amis de Cambrai, jeudi un Ciné Débat à Saint-Quentin autour du dernier film de Coline Serreau, vendredi un goûter philo sur la solidarité à Laon, dans l'école de Vaux, et le soir une conférence à Soissons sur la montée du racisme (au café Au Bon Coin, rue du Pot d'Etain, à 20h00).

Bref la routine, une semaine comme les autres. Mais samedi et dimanche ? Je les consacre simplement à préparer les activités de la semaine qui suit. Quand même ...

lundi 26 avril 2010

Lost en philosophie.

Une journaliste de Télérama m'a contacté, par le biais de ce blog, à la suite de la découverte d'un de mes billets consacré à la série télévisée Lost, datant de l'été 2 008. Elle prépare un article pour la diffusion du dernier épisode, prévue le 23 mai à la télévision américaine. Je lui ai donc livré mon analyse (texte ci-dessous) et nous nous sommes entretenus par téléphone. Son travail paraîtra dans Télérama du 19 mai. En attendant, je vous présente en primeur ma réflexion :


Lost, un divertissement philosophique.
 
Incontestablement, la série américaine Lost est singulière, nullement comparable à ce qui a pu se faire jusqu'à présent en matière de séries de ce genre, à l'exception notable du Prisonnier, dans les années 60, où la dimension philosophique était également évidente, même si les thèmes étaient assez différents (quoique la notion d'emprisonnement dans une île mystérieuse rapproche les deux séries ; mais la dimension religieuse, fortement présente dans Lost, est totalement absente du Prisonnier, dont la philosophie est plutôt libertaire et beaucoup plus sommaire, incomparablement moins riche de sens que celle de Lost).


Lost est un divertissement philosophique d'abord dans sa démarche. Dès le premier épisode, c'est l'effet d'étonnement qui s'empare du téléspectateur, et qui ne le quittera plus tout au long de la série. Pour Aristote, l'étonnement est le commencement de la démarche philosophique. Tout pensée débute par là. Sinon c'est le préjugé ou l'évidence qui l'emportent. Il y a des séries qui passionnent, qu'on admire, mais très peu étonnent, surprennent, intriguent : Lost en fait partie.

Mais l'étonnement n'est encore philosophiquement rien, il n'est que l'émerveillement de l'enfant, s'il n'est suivi de l'interrogation. Depuis Socrate, toute la philosophie est un processus de questionnement qui n'en finit pas d'engendrer d'autres questions, presque à l'infini. C'est l'impression que nous avons en regardant Lost : qu'une question en produit une autre, que le mode interrogatif domine la série, qu'aucune thèse sur les mystères de l'île n'est tenable, qu'aucun credo n'y résiste.

Le questionnement ne suffit pas encore, car il pourrait être un doute stupide. La finalité de la philosophie, c'est la vérité, et celle-ci est probablement inaccessible, mais on peut s'en rapprocher, tel un puzzle que patiemment on reconstitue. Ainsi Lost se déroule-t-il dans une tension permanente vers la vérité, qui est la seule obsession de la série, concentrée vers l'énigme de l'île et sa résolution. Ces personnages n'ont qu'une seule quête, celle de la vérité (alors qu'ils pourraient tout simplement s'efforcer de survivre ou attendre d'éventuels secours).

Si la philosophie a une fin, la vérité, elle a aussi un moyen : la raison. Lost pourrait se borner à être une série fantastique de plus, ou bien de science-fiction. Même si certains épisodes empruntent les caractéristiques de ces deux genres, jamais la série n'y bascule entièrement. Au contraire, les naufragés manifestent beaucoup de distance et de dérision à l'égard du surnaturel, ils s'efforcent de comprendre ce qui se passe et ce qui leur arrive. A leur suite, les téléspectateurs sont invités à cogiter, à tenter une rationalisation des événements. Jamais la série ne se complaît dans l'irrationnel qui pourtant la parcourt, elle essaie au contraire de le surmonter, de l'éclairer par la raison.

Philosophique dans sa démarche, Lost l'est aussi dans ses thématiques. La première est le temps, dont la problématique est constante. Dès le début, les personnages, prisonniers de l'île, ne le sont manifestement pas du temps, puisque le téléspectateur est renvoyé à leur passé puis à leur futur, jusqu'à ce que ces personnages eux-mêmes, non plus cette fois en pensée mais réellement, voyagent dans le temps, qui apparaît de plus en plus, au rythme des saisons, comme le fil qui conduit à la solution.

Mais ce temps n'est pas n'importe quelle durée : c'est celle de la moralité. Les personnages sont torturés, confrontés au mal, à la faute, au remords, cherchant une forme de rédemption. La série bascule ici dans la philosophie éthique. On a le sentiment que leur présence sur l'île correspond à une forme d'épreuve, une sorte d'expiation. La souffrance est présente, la mort aussi. Le rapport à l'autre est maintes fois soulevé, avec une prédominance pour les relations filiales conflictuelles.

C'est aussi pourquoi Lost est imprégné de religiosité, à tel point que certains téléspectateurs en quête d'explications ont cru bon soutenir que tous les personnages étaient morts dans le crash de l'avion et se retrouvaient au Purgatoire ! Ce n'est probablement pas la solution finale, mais la métaphysique religieuse baigne la série et explique son grand succès auprès d'un public américain qui y retrouve ses thèmes religieux préférés.

Philosophique dans sa démarche comme dans sa thématique, Lost n'est cependant qu'un divertissement de grande qualité. Et quelle que soit la clé de l'énigme que nous livrera le tout dernier épisode, il y a fort à parier qu'elle décevra, comme Le Prisonnier en son temps lorsque fut connue la fin, qui n'en était pas vraiment une. Car ce genre de série est condamné à ne pas finir. Car Lost, comme la philosophie, ne peut être qu'un éternel recommencement.

dimanche 25 avril 2010

Le monde est petit.




C'était aujourd'hui ma troisième animation aux Phares. Et je commence à m'y faire ! Pour un peu, j'aimerais y revenir chaque dimanche matin ! J'ai introduit la séance comme je l'avais hier promis, en faisant référence à la boulangerie philo de Guise. Vous savez quoi ? Quelqu'un parmi les 80 participants connaissait Guise, a séjourné à Leschelle et a des nièces à Saint-Quentin ! Même le monde de la philosophie, pourtant immense, est finalement petit.

Dans la première vignette, vous reconnaissez au premier plan le "patron" du Café Philo, Gunter Gorhan. Nous sommes à la terrasse intérieure de l'établissement. Si vous avez la curiosité de jeter un coup d'oeil par la vitre, vous apercevrez à droite l'entrée de la bouche de métro et à gauche un petit bout de l'opéra Bastille. Mais oui, nous sommes bien à Paris !

Dans la deuxième vignette, c'est la suite du Café Philo, sur le trottoir, devant les Phares (le gérant nous a poussés dehors, il doit dresser les tables pour le déjeuner, il est 13h00). Je suis en pleine discussion avec celle qu'on appelle "la mère du sujet", c'est-à-dire la personne dont le thème proposé a été retenu et discuté. A droite, vous pouvez lire une partie de l'inscription "1er Bistrot Philo", puisque les Phares ont été les premiers à lancer cette formule en 1992, qui a depuis fait le tour du monde. A gauche, un regard perspicace détecte une annonce sur un kiosque à journaux : c'est le numéro spécial Bac Philo de "Philosophie Magazine". Bref, nous sommes cernés par la philosophie !

Voilà la liste des sujets proposés par l'assistance :

- L'introuvable relation détention, formation, emploi.
- Pourquoi cherchons-nous des recettes pour mener notre vie ?
- Pourquoi l'homme moderne cherche-t-il à abolir l'inconscient ?
- Un horizon de vérité est-il nécessaire ?
- Comment peut-on défaire les idées reçues ?
- Est-ce que l'éthique a remplacé la politique ?
- Un point c'est tout.
- Qu'est-ce que l'expérience ?
- En quoi les musulmans nous dérangent-ils ?
- En quoi la poésie peut-elle changer notre regard sur le monde ?
- "Le dialogue est contraire au philosopher" (BHL) : est-ce vrai ?
- L'homme peut-il se contenter de peu ?
- L'incommensurable.
- Qu'est-ce que l'embarras ?
- Est-il dangereux d'oublier l'histoire ?

Mettez-vous à ma place : je n'ai que quelques secondes pour choisir le sujet. Lequel prendre ? A votre avis, où est allé ma préférence ? Un indice : j'ai voulu un thème non conventionnel, embarrassant, comme une sorte de défi lancé à moi-même et à l'assistance. Alors, vous avez trouvé ? Je vous donnerai la réponse demain et la synthèse de nos échanges.