lundi 1 mars 2010

Un sacrilège.


Nous avons dans notre lycée un conseiller principal d'éducation facétieux : il porte des cravates à motif, en harmonie avec la situation du moment (si l'actualité est américaine, il exhibera la statue de la liberté). Il pousse la fantaisie jusqu'à débuter à ma place le cours de philo quand j'ai quelques minutes de retard. C'est ce qui s'est passé aujourd'hui en début d'après-midi. Mais j'ai pris les devants, en m'armant d'un appareil-photo pour immortaliser ce sacrilège (voir vignette). Car l'intrus s'empare de mon siège, trône à mon bureau, déambule sur l'estrade, se saisit de ma craie et, suprême blasphème, écrit au tableau ! J'ai maintenant une pièce à conviction, une preuve incontestable de l'outrage.

dimanche 28 février 2010

Lever le doigt ?




Belle affluence hier soir au Café Philo de Soissons : à plus de vingt, c'est gagné. Bons échanges autour d'un sujet qui n'est pas pourtant particulièrement attractif : Les religions nous disent-elles la vérité ? Bonne ambiance aussi : généralement, avec ce genre de thème, on navigue de Charybde en Scylla ; il y a les croyants qui défendent leur foi sans réfléchir ou bien les athées qui dénoncent la foi sans penser. Les deux écueils ont été évités : ni culs bénis, ni bouffeurs de curés !

Une petite contrariété est venue cependant froissée ma bonne humeur. Les participants connaissent, pour la plupart, la règle et l'esprit du Café Philo : chacun intervient, s'il le souhaite, pour son propre compte, prenant le temps d'exposer son point de vue, contestant éventuellement celui des autres, mais sans interpeller personne. Une amie a jugé bon de poser une question (alors qu'on attend d'elle et de tous une réponse), des plus indiscrètes qui soient, sous une forme extrêmement maladroite : que ceux qui croient en Dieu lèvent le doigt !

Non, non et non, pas d'objurgation de cette sorte au Café Philo, et surtout pas en répondant par des mains levées ! Nous ne sommes pas dans une salle de classe ni dans une réunion politique, on n'obéit pas, on ne vote pas, on ne se compte pas, on se contente de réfléchir. Lever le doigt est une mauvaise manière en la circonstance. C'est une demande d'autorisation qui manifeste une soumission. Or le Café Philo rassemble des hommes et des femmes libres, que rien n'engage, rien ne contraint.

Certes, pour prendre la parole, il faut me faire un petit signe discret afin que je passe le micro, mais c'est purement pratique, ça ne prouve aucune autorité de ma part. Je ne suis ici qu'animateur, pas professeur. Chacun intervient sans autorisation, mais seulement avec un minimum d'organisation. Je me méfie beaucoup de ceux qui interpellent les autres pour généralement ne pas se dévoiler eux-mêmes. Je crains la dictature des mains levées, je crois en la démocratie des bouches ouvertes.

samedi 27 février 2010

Un nouveau lycée.




Hier matin, entre 10h00 et 12h00, mes élèves n'ont pas eu cours. Je devais participer au Conseil pédagogique, qui regroupe les représentants des disciplines. L'ordre du jour était la réforme du lycée, et la séance quelque peu exceptionnelle puisque le proviseur était entouré de deux inspectrices, de Lettres et de SVT (Sciences de la Vie et de la Terre), venues nous expliquer la bonne application de la réforme dans notre établissement, et répondre à nos questions.

Ce que j'en ai retenu, pour ce qui concerne l'enseignement de la philosophie, c'est que je pourrais éventuellement intervenir en classe de Seconde, dans le cours consacré aux Méthodes et pratiques scientifiques, pour traiter des questions d'épistémologie. Pour le reste, au-delà du découpage horaire complexe et d'un affichage des matières un peu rébarbatif, je note surtout que le nouveau lycée n'aura plus grand-chose à voir avec celui que j'ai connu élève il y a plus de trente ans et celui que j'ai intégré pour y exercer il y a 17 ans.

La scène traditionnelle du professeur solitaire en face d'une classe prise en bloc s'estompe de plus en plus, et depuis quelques années déjà. L'individualisation de l'enseignement fait son chemin. Le prof est plus un soutien qu'un clerc, son travail est plus directif que magistral.

Le contenu des parcours tend à se professionnaliser. Le lycée demeure général, mais on sent que l'objectif est de concourir à l'intégration sociale et à la formation d'un métier. Les aptitudes, les compétences sont recherchées, autant que la transmission d'un savoir.

Les professeurs sont invités progressivement à se concerter, à mettre en place des projets, à s'entendre avec les collègues des autres matières. Sans y paraître, c'est toute une dimension plus fortement collective de la profession qui s'installe.

Que faut-il penser de ce nouveau lycée ? Chacun jugera selon ses convictions. J'ai souvent entendu parler, depuis que je suis enseignant, d'une réforme du lycée, enthousiasmant les uns, rebutant les autres. Je crois que cette fois, pour le meilleur ou pour le pire, on y est.

vendredi 26 février 2010

Tsé-tsé.


Le jeudi à 16h00, ma classe revient de deux heures de sport. C'est vous dire s'ils sont prêts à goûter aux joies de l'esprit ! Hier ce n'était visiblement pas le cas. J'ai pourtant fait cours dans un calme inhabituel, dont beaucoup d'enseignants rêveraient. Mais était-ce le signe de leur concentration intellectuelle ? Je l'ai cru au début, et j'ai vite déchanté quand je me suis aperçu que quelques-uns, deux ou trois, ... dormaient.

Il suffit dans un groupe que deux ou trois éléments soient hors service pour que l'ensemble s'en ressente, et positivement. Que faire quand on surprend un élève à dormir ? La réaction la plus légitime est de l'envoyer à l'infirmerie, le sommeil en plein jour pouvant être considéré comme une maladie. Mais je ne souhaite pas compliquer la situation, j'ai en tête l'intérêt général de la classe, je fais comme si de rien n'était.

Et puis, j'ai personnellement horreur de réveiller quelqu'un qui dort. C'est un geste indécent, impudique. Surtout, je connais la puissance du sommeil, notre plus terrible ennemi. A la fac, étant étudiant, je luttais régulièrement contre lui, et il avait le dessus : on ne peut rien contre cette envie, la plus irrémissible de toutes.

Ce matin, à la première heure de la matinée scolaire, ce n'était sans doute pas le sommeil du corps qui était soupçonnable, mais manifestement celui de l'esprit. J'avais beau poser des questions, tendre des perches, m'efforcer de provoquer des réactions, rien ne venait. Je ne pense pas que les têtes étaient ailleurs, je ne l'ai pas en tout cas remarqué. Mais la classe était, de fait, inerte.

Le sommeil, de corps ou d'esprit, serait-il contagieux ? Une mystérieuse et invisible tsé-tsé m'aurait-elle piqué? Toujours est-il que dans ma voiture, en direction de l'atelier-philo de Guise, mes paupières s'alourdissaient dangereusement (au volant, forcément !). Il paraît que ma fatigue ne s'est pas ressentie durant mon animation (voir vignette). Tant mieux.

jeudi 25 février 2010

Nobody is perfect.


Je suis allé ce matin chercher la copie de ma "notice annuelle de notation administrative" chez le proviseur-adjoint. On l'appelle plus communément "note administrative", parce que c'est l'administration qui note le service de ses agents. La pédagogie, c'est l'affaire des inspecteurs, une fois tous les six ou huit ans.

Cette note administrative, le fonctionnaire est en droit de la contester et de faire appel. Je ne l'ai jamais fait. Pourquoi le ferais-je ? Ce n'est pas à moi de juger mon propre travail, ce serait éventuellement aux élèves. Mais le système n'en est pas encore arrivé là. C'est donc la hiérarchie qui s'en charge.

Suis-je cependant satisfait de cette "notice" ? Pas complètement. Le style laudatif se discute. Je ne fais que mon métier, d'autres diraient mon devoir. Rien n'est évidemment faux. J'introduirai seulement une petite nuance : ma ponctualité n'est pas ce qu'il faudrait, je mange parfois quelques précieuses minutes de cours, ayant mille choses à faire. Le conseiller principal d'éducation, connaissant cette légère faiblesse, a la bonté d'ouvrir à mes élèves la porte de la salle, et même de débuter le cours au tableau (private joke, les élèves en question comprendront). Nobody is perfect.

mercredi 24 février 2010

Le don et l'enthousiasme.


Nietzsche et le christianisme, c'est la première fois que je traitais de ce thème, cet après-midi devant l'Université du Temps Libre de Cambrai. Trouver dans L'Antéchrist des extraits qui résument la pensée du philosophe n'est pas aisé. Les trois en vignette, annotés par mes soins, répondent assez bien à l'objectif. Le premier à gauche est la dernière page, fort provocatrice, de l'ouvrage, le deuxième est une réflexion sur la compassion et le troisième une critique des trois vertus théologales, foi, espérance, charité.

Je crois que mon travail a fonctionné. Et puis, je me rends compte que je sors de la salle de plus en plus tard. La séance se prolonge sans le vouloir, c'est l'intérêt du public qui pousse à ça. Bon signe, finalement. J'ai terminé en évoquant un possible voyage à Paris, sur les traces de Jean-Paul Sartre, ce qui a immédiatement soulevé l'enthousiasme. Quoi de plus beau ? Se donner et soulever l'enthousiasme.

mardi 23 février 2010

Ciné Philo.


La directrice du Multiplexe a bien voulu me confier la rédaction de l'éditorial qui annonce les films d'Art et Essai des prochaines semaines dans le magazine Cap'Cinéma (voir la vignette). Je m'acquitte de cette tâche avec grand plaisir. La promotion du cinéma de qualité est aussi une mission de l'Education populaire.

Aux élèves d'Henri-Martin qui souhaitent bénéficier d'une place gratuite pour le Ciné Philo de jeudi, qu'ils me contactent dès que possible, ou bien qu'ils s'adressent à Yasmina Zar, élève de TL1, qui a en sa possession la feuille des inscriptions. Le sujet du film, Le Refuge, est indiqué dans la vignette ci-dessus.

Je précise que je ne serai pas l'animateur de la séance, confiée à Gérard Caudron, ancien professeur de philosophie au lycée Condorcet et animateur de ciné-club.