La grippe chopée au Père Lachaise (ou avant) gagne du terrain. Après la voix puis le corps, c'est mon outil de travail qui a été atteint aujourd'hui, c'est à dire le cerveau. Que les élèves qui lisent ce blog ne se fassent aucune illusion: ils auront droit demain dès 8h00 à mon cerveau en classe (et ce qui suit). Depuis 16 ans de métier, je n'ai jamais été absent pour cause de maladie, même quand j'étais malade.
Hier, mon cerveau a justement été mis à rude épreuve psychologique, sans que la grippe y soit directement pour quelque chose. Je devais remplir sur internet les feuilles d'orientation des élèves, qui résument d'abord leurs deux premiers trimestres en philo et dans chaque matière, qui valident ensuite leurs voeux d'études pour l'an prochain, déjà examinés lors du dernier conseil de classe. Ça m'a pris trois bonnes heures.
Au bout de chaque voeu (fac, prépa, BTS, IUT, école spécialisée ou autres), il y a quatre cases que je dois remplir en tant que prof principal, en apposant une petite croix dans l'une d'entre elle:s très favorable, favorable, réservé, défavorable, voilà le dilemme. Bien sûr, il a déjà été discuté et tranché collectivement en conseil, mais là, quand je griffonne la petite croix, c'est irréversible.
C'est dans de pareils moments qu'on sent, j'ai presque envie de dire qu'on souffre d'avoir à juger. La partie la plus difficile du métier d'enseignant, c'est pour moi celle-là. Bien sûr c'est l'élève qui propose, qui décide, mais la petite croix sera vue dans les administrations scolaires ou universitaires, et c'est à partir de là que la sélection se fera.
Pour les bons élèves, pas de problème, je fais la croix les yeux fermés. Pour les paresseux et les mauvais, même chose, en me disant cependant: que c'est dommage! Je me revois en début d'année, disant aux uns et aux autres de veiller à bien travailler, d'adopter une attitude sérieuse, de mettre toutes les chances de leur côté, surtout lorsqu'ils n'en ont pas beaucoup. Mais pour certains, c'est peine perdue: la petite croix qui va leur interdire l'accès à telle formation (du moins ne pas la favoriser) est déjà inscrite sur leur front, tel un stigmate.
Je ne les plains pas, je les ai prévenus, ils l'ont voulu, je me demande même parfois s'ils ne l'ont pas cherché (il y a chez certains élèves une forme de suicide pédagogique qui se repère très vite et contre lequel on ne peut pas grand-chose). Toujours est-il que cette petite croix, même pour ceux qui l'ont amplement méritée, j'ai du mal à la loger dans sa petite case. Sous le prof principal, il y a le prof de philo qui résiste et qui se dit qu'on ne devrait jamais juger personne. Moi, en tout cas, j'y parviens difficilement, je recherche spontanément les circonstances atténuantes.
Le plus étrange, c'est que si j'ai beaucoup de mal à juger (car ça revient un peu à décider du destin de quelqu'un), j'accepte volontiers, avec plaisir même, d'être jugé par les autres. Examens, concours, devoirs à rendre, tout cela m'a toujours beaucoup plu, j'aime et je trouve utile pour moi, pour progresser, ces mises à l'épreuve. Juger non, mais être jugé oui! Pas mal de gens réagiraient en sens inverse. Allez y comprendre quelque chose!
mardi 31 mars 2009
lundi 30 mars 2009
Bastille et Lachaise.
Après l'album photo hier, le récit aujourd'hui de notre sortie dominicale à Paris avec les élèves, comme promis.
Tout a commencé à 7h00, dans la nuit, devant la loge du lycée. Sauf que certains ont compris 7h30 et sont arrivés une fois le car parti! Une histoire dingue: au départ, il y a 15 jours, nous avions annoncé en effet 7h30. Et puis, pour mieux utiliser la journée, nous avons avancé à 7h00, en prenant soin de prévenir tous les inscrits. Je l'ai fait, la Vie Scolaire m'a assuré l'avoir fait, et 36 élèves, tous à peu près présents à 7h00, l'ont bien compris ainsi. Qu'est-ce qui s'est passé pour quelques autres? J'en sais rien, je suis vraiment désolé, pour eux et leurs parents.
Arrivé à 9h10 place de la Bastille, une accompagnatrice, Jacqueline, la soixantaine, se casse la gueule en descendant du car. Pas très grave, mais tout de même un oeuf de pigeon au front et deux doigts en sang. Vincent Savelli, le CPE, nous fait visiter à un pas quasi militaire le quartier du Marais et ses hôtels particuliers. Nous poussons jusqu'à l'Hôtel de Ville de Paris, c'est vous dire.
10h30, retour à la Bastille, pour s'installer dans le Café des Phares, où se tient la séance du premier café philo créé au monde (en 1992). L'animateur, c'est mon copain Gunter. Il a été très chic en choisissant un sujet de débat proposé par une de mes élèves, Harmonie: Pourquoi vivre si c'est pour mourir un jour? Gunter a réussi un truc assez balaise: demeurer profond tout en restant à la portée des élèves. Très belle animation, à me rendre jaloux!
Harmonie est en S, tout comme sa copine Mélanie, toutes les deux intervenant assez souvent pendant ce café philo. Alors qu'en classe, elles ne parlent pas tellement, et pas aussi bien. Preuve que mon enseignement rencontre des limites, que certains élèves se révèlent plus facilement dans un autre cadre. C'est terrible pour moi et réjouissant pour elles!
Gunter Gorhan me présente à l'assistance comme "prof de philo à Saint-Quentin". Je n'aime pas trop ça, je suis enfermé dans un rôle qui m'oblige à jouer au "prof de philo", et donc inévitablement à décevoir ou à faussement plaire. Dans un café philo, seule la parole des uns et des autres devraient compter, sans qu'on connaisse leur identité, cursus ou profession. Gunter lui même n'est pas philosophe de métier, et c'est très bien comme ça. Salut l'ami, au 16 avril, à Saint-Quentin!
L'après-midi, c'était la visite du Père Lachaise, trois heures de promenade dans le passé, entre les tombes. On a croisé beaucoup de morts célèbres, et même un vivant, le chanteur Cali! Jacqueline, dont l'oeuf de pigeon était devenu entre temps un oeuf de poule, nous a fait chantés, donnant la mesure de son doigt ensanglanté. Bizet a eu droit à sa Carmen, L'amour est enfant de Bohème et caetera. Le pauvre a dû se retourner dans sa tombe.
Après Carmen, Camille, mon élève de L, a déclamé quelques poèmes follement romantiques: Nerval, Musset, Apollinaire... J'ai même vu une statue pleurer. Moi, je me suis transformé en tribun républicain. Devant la tombe de Balzac, je suis devenu Hugo célébrant La Comédie humaine, et face à Michelet, j'ai proclamé La prise de la Bastille. Sauf que j'ai commencé en ténor du barreau et terminé HS, comme un vieux disque rayé (j'ai choppé une sale grippe qui enroue).
A la fin du parcours, avant de s'incliner devant le gisant de Victor Noir, j'ai demandé aux moins de 18 ans de s'écarter. Il me fallait montrer l'entrejambe de pierre et sa protubérance, usée non par les siècles mais le frottement des femmes stériles à l'endroit de la fécondation. Il paraît que ça vaut guérison. Étant fonctionnaire et ne voulant pas risquer l'accusation de lubricité, vous comprenez ma prudence. C'est là où j'ai constaté que tous les élèves de cette journée avaient curieusement au moins 18 ans.
A 19h40, nous étions de retour au lycée. Une dernière photo devant le car, pour la presse, et arrivé chez moi, il était pile temps de regarder Zorro. Je n'aurais jamais cru pouvoir le faire. A l'année prochaine au Père Lachaise!
Tout a commencé à 7h00, dans la nuit, devant la loge du lycée. Sauf que certains ont compris 7h30 et sont arrivés une fois le car parti! Une histoire dingue: au départ, il y a 15 jours, nous avions annoncé en effet 7h30. Et puis, pour mieux utiliser la journée, nous avons avancé à 7h00, en prenant soin de prévenir tous les inscrits. Je l'ai fait, la Vie Scolaire m'a assuré l'avoir fait, et 36 élèves, tous à peu près présents à 7h00, l'ont bien compris ainsi. Qu'est-ce qui s'est passé pour quelques autres? J'en sais rien, je suis vraiment désolé, pour eux et leurs parents.
Arrivé à 9h10 place de la Bastille, une accompagnatrice, Jacqueline, la soixantaine, se casse la gueule en descendant du car. Pas très grave, mais tout de même un oeuf de pigeon au front et deux doigts en sang. Vincent Savelli, le CPE, nous fait visiter à un pas quasi militaire le quartier du Marais et ses hôtels particuliers. Nous poussons jusqu'à l'Hôtel de Ville de Paris, c'est vous dire.
10h30, retour à la Bastille, pour s'installer dans le Café des Phares, où se tient la séance du premier café philo créé au monde (en 1992). L'animateur, c'est mon copain Gunter. Il a été très chic en choisissant un sujet de débat proposé par une de mes élèves, Harmonie: Pourquoi vivre si c'est pour mourir un jour? Gunter a réussi un truc assez balaise: demeurer profond tout en restant à la portée des élèves. Très belle animation, à me rendre jaloux!
Harmonie est en S, tout comme sa copine Mélanie, toutes les deux intervenant assez souvent pendant ce café philo. Alors qu'en classe, elles ne parlent pas tellement, et pas aussi bien. Preuve que mon enseignement rencontre des limites, que certains élèves se révèlent plus facilement dans un autre cadre. C'est terrible pour moi et réjouissant pour elles!
Gunter Gorhan me présente à l'assistance comme "prof de philo à Saint-Quentin". Je n'aime pas trop ça, je suis enfermé dans un rôle qui m'oblige à jouer au "prof de philo", et donc inévitablement à décevoir ou à faussement plaire. Dans un café philo, seule la parole des uns et des autres devraient compter, sans qu'on connaisse leur identité, cursus ou profession. Gunter lui même n'est pas philosophe de métier, et c'est très bien comme ça. Salut l'ami, au 16 avril, à Saint-Quentin!
L'après-midi, c'était la visite du Père Lachaise, trois heures de promenade dans le passé, entre les tombes. On a croisé beaucoup de morts célèbres, et même un vivant, le chanteur Cali! Jacqueline, dont l'oeuf de pigeon était devenu entre temps un oeuf de poule, nous a fait chantés, donnant la mesure de son doigt ensanglanté. Bizet a eu droit à sa Carmen, L'amour est enfant de Bohème et caetera. Le pauvre a dû se retourner dans sa tombe.
Après Carmen, Camille, mon élève de L, a déclamé quelques poèmes follement romantiques: Nerval, Musset, Apollinaire... J'ai même vu une statue pleurer. Moi, je me suis transformé en tribun républicain. Devant la tombe de Balzac, je suis devenu Hugo célébrant La Comédie humaine, et face à Michelet, j'ai proclamé La prise de la Bastille. Sauf que j'ai commencé en ténor du barreau et terminé HS, comme un vieux disque rayé (j'ai choppé une sale grippe qui enroue).
A la fin du parcours, avant de s'incliner devant le gisant de Victor Noir, j'ai demandé aux moins de 18 ans de s'écarter. Il me fallait montrer l'entrejambe de pierre et sa protubérance, usée non par les siècles mais le frottement des femmes stériles à l'endroit de la fécondation. Il paraît que ça vaut guérison. Étant fonctionnaire et ne voulant pas risquer l'accusation de lubricité, vous comprenez ma prudence. C'est là où j'ai constaté que tous les élèves de cette journée avaient curieusement au moins 18 ans.
A 19h40, nous étions de retour au lycée. Une dernière photo devant le car, pour la presse, et arrivé chez moi, il était pile temps de regarder Zorro. Je n'aurais jamais cru pouvoir le faire. A l'année prochaine au Père Lachaise!
dimanche 29 mars 2009
Super journée.
samedi 28 mars 2009
La liste d'or.
J'ai envoyé à la Bibliothèque Départementale de l'Aisne la "bibliographie philosophique de base" (c'est ainsi que je l'ai intitulée) qu'on m'avait demandée (voir le billet "Les quatre"). C'est un peu ma liste d'or, les classiques de la philosophie relativement accessibles au grand public. C'est pourquoi certains chefs d'oeuvre particulièrement abscons n'y figurent pas. J'ai distribué cette liste à mes Littéraires. Ils pourront en faire bon usage quand ils seront sur la plage, en août, le bac en poche et les contraires du bachotage oubliées. Et si en plus ils en profitent pour penser à moi...!
Voilà ma liste d'or, que du lourd, comme on dit aujourd'hui, mais souvent assez léger à lire. J'ai retenu les grands, et à la fin un ouvrage d'histoire de la philosophie. 24 titres en tout, la bibliothèque de l'honnête philosophe:
Platon, Premiers Dialogues
Banquet
République
Phédon
Aristote, Ethique à Nicomaque
Epicure, Lettre à Ménécée
Epictète, Manuel
Sénèque, De la tranquillité de l'âme
Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même
Lucrèce, De la Nature
Pascal, Pensées
Descartes, Discours de la méthode
Kant, Idée d'une histoire universelle d'un point de vue cosmopolitique
Qu'est-ce que les Lumières?
Rousseau, Le Contrat social
De l'inégalité parmi les hommes
Hegel, La Raison dans l'Histoire
Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra
Par delà le bien et le mal
Marx, Manifeste du Parti communiste
Freud, Introduction à la psychanalyse
L'interprétation des rêves
Sartre, L'existentialisme est un humanisme
Alain, Propos
Godin, La philosophie pour les nuls
Bonne lecture!
Voilà ma liste d'or, que du lourd, comme on dit aujourd'hui, mais souvent assez léger à lire. J'ai retenu les grands, et à la fin un ouvrage d'histoire de la philosophie. 24 titres en tout, la bibliothèque de l'honnête philosophe:
Platon, Premiers Dialogues
Banquet
République
Phédon
Aristote, Ethique à Nicomaque
Epicure, Lettre à Ménécée
Epictète, Manuel
Sénèque, De la tranquillité de l'âme
Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même
Lucrèce, De la Nature
Pascal, Pensées
Descartes, Discours de la méthode
Kant, Idée d'une histoire universelle d'un point de vue cosmopolitique
Qu'est-ce que les Lumières?
Rousseau, Le Contrat social
De l'inégalité parmi les hommes
Hegel, La Raison dans l'Histoire
Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra
Par delà le bien et le mal
Marx, Manifeste du Parti communiste
Freud, Introduction à la psychanalyse
L'interprétation des rêves
Sartre, L'existentialisme est un humanisme
Alain, Propos
Godin, La philosophie pour les nuls
Bonne lecture!
vendredi 27 mars 2009
Savants et philosophes.
Ce soir, dans l'arrière-salle d'un café de Saint-Quentin, nous avons eu droit à un cours sur Darwin (c'est le bicentenaire de sa naissance), administré par un charmant monsieur d'âge respectable, ancien médecin. Un tableau noir au milieu, des illustrations sur les murs, photos du grand savant, dessins d'animaux, schémas arborescents, la science était au rendez-vous. Notre ami, longue baguette à la main, montrait, expliquait, questionnait. Je suis redevenu élève, c'est ce qui peut arriver de mieux à un prof.
Un beau moment d'éducation populaire. Il ne manquait plus que des bocaux enfermant des spécimens et un squelette dans un coin pour reconstituer un cabinet de curiosités. Maurice, professeur d'un soir, met de la drôlerie dans son exposé, même un petit grain de folie, entre Nimbus et Tournesol. L'enseignement de la science n'est pas chose facile. C'était ce soir très réussi.
Réussirai-je aussi bien avec mes élèves, en leur présentant un autre savant, qui lui aussi a bouleversé son temps, Sigmund Freud? C'est ce que je suis en train de faire en ce moment devant mes classes, pour illustrer la notion de la semaine, l'inconscient. A la différence des autres notions, celle-ci se passe mal d'une référence à la psychanalyse, la science qui a théorisé l'inconscient. Je me sens donc le devoir de lui consacrer un cours entier, une séance d'environ quatre-cinq heures. Et puis, avec Marx, Freud est le penseur qui a le plus influencé notre temps. Je m'en voudrais de laisser mes élèves sans leur en toucher un mot.
Je m'efforce surtout de remettre en cause les préjugés. Le psy a envahi notre vie. Encore faut-il le comprendre. Le complexe d'Oedipe par exemple, dont tout le monde a entendu parler, est souvent très mal interprété. Freud, normalement, ça intéresse les élèves: la folie, le rêve, les lapsus, l'enfance, la libido, le refoulement, voilà des thèmes qui accrochent. Parfois c'est rigolo, quand j'évoque le pipi-caca, parfois c'est étrange, quand j'explique l'enfant "pervers polymorphe" ou les graves névroses de l'adulte (psychose, fétichisme, exhibitionnisme, etc).
Freud, Darwin, ce sont des savants mais aussi des philosophes, à leur façon. Ils ne se contentent pas d'appliquer, ils s'efforcent de penser, parce que les théories de leur époque ne les satisfont pas vraiment. Entre science et philosophie, la frontière est très nette, mais la proximité est très grande.
Un beau moment d'éducation populaire. Il ne manquait plus que des bocaux enfermant des spécimens et un squelette dans un coin pour reconstituer un cabinet de curiosités. Maurice, professeur d'un soir, met de la drôlerie dans son exposé, même un petit grain de folie, entre Nimbus et Tournesol. L'enseignement de la science n'est pas chose facile. C'était ce soir très réussi.
Réussirai-je aussi bien avec mes élèves, en leur présentant un autre savant, qui lui aussi a bouleversé son temps, Sigmund Freud? C'est ce que je suis en train de faire en ce moment devant mes classes, pour illustrer la notion de la semaine, l'inconscient. A la différence des autres notions, celle-ci se passe mal d'une référence à la psychanalyse, la science qui a théorisé l'inconscient. Je me sens donc le devoir de lui consacrer un cours entier, une séance d'environ quatre-cinq heures. Et puis, avec Marx, Freud est le penseur qui a le plus influencé notre temps. Je m'en voudrais de laisser mes élèves sans leur en toucher un mot.
Je m'efforce surtout de remettre en cause les préjugés. Le psy a envahi notre vie. Encore faut-il le comprendre. Le complexe d'Oedipe par exemple, dont tout le monde a entendu parler, est souvent très mal interprété. Freud, normalement, ça intéresse les élèves: la folie, le rêve, les lapsus, l'enfance, la libido, le refoulement, voilà des thèmes qui accrochent. Parfois c'est rigolo, quand j'évoque le pipi-caca, parfois c'est étrange, quand j'explique l'enfant "pervers polymorphe" ou les graves névroses de l'adulte (psychose, fétichisme, exhibitionnisme, etc).
Freud, Darwin, ce sont des savants mais aussi des philosophes, à leur façon. Ils ne se contentent pas d'appliquer, ils s'efforcent de penser, parce que les théories de leur époque ne les satisfont pas vraiment. Entre science et philosophie, la frontière est très nette, mais la proximité est très grande.
jeudi 26 mars 2009
ECJS au CDI.
En ECJS, jusqu'à ce matin, je ne savais pas trop quoi faire. Le premier trimestre a été consacré à l'étude des institutions, avec la venue de Jean-Louis Debré comme point d'orgue. Le deuxième, j'ai préparé avec les élèves la journée contre le racisme. Mais ce troisième qui commence?
Je me suis souvenu que nous étions en pleine semaine de la presse. Ça a fait tilt: pourquoi pas aller au CDI bosser là-dessus? Certains élèves n'ouvrent pas un seul journal de l'année. C'est l'occasion de leur en donner le goût, de leur faire toucher du papier gris. Nathalie, la documentaliste, est prête à m'aider. Chouette!
Donc nous sommes allés dans la bibliothèque avec mes dix élèves, et Nathalie leur a expliqué: choisir des sujets d'actualité, comparer dans la presse écrite ou télévisée les différents traitements. J'ajoute qu'un petit compte-rendu devra être fait devant la classe, lors de la prochaine séance (il ne faut pas qu'un travail se perde).
Qu'ont-elles sélectionné? Trois événements: la visite de Nicolas Sarkozy à Saint-Quentin, l'enlèvement de la petite Elise, l'histoire de cet Autrichien, père incestueux, qui a eu six enfants avec sa propre fille. Bref, le local, le fait divers et l'horreur ont retenu leur attention. Elles sont allés regarder les journaux, mais très vite internet. Je ne sais pas ce que ça va donner, je suis un peu sceptique. On verra bien dans quinze jours.
Je me suis souvenu que nous étions en pleine semaine de la presse. Ça a fait tilt: pourquoi pas aller au CDI bosser là-dessus? Certains élèves n'ouvrent pas un seul journal de l'année. C'est l'occasion de leur en donner le goût, de leur faire toucher du papier gris. Nathalie, la documentaliste, est prête à m'aider. Chouette!
Donc nous sommes allés dans la bibliothèque avec mes dix élèves, et Nathalie leur a expliqué: choisir des sujets d'actualité, comparer dans la presse écrite ou télévisée les différents traitements. J'ajoute qu'un petit compte-rendu devra être fait devant la classe, lors de la prochaine séance (il ne faut pas qu'un travail se perde).
Qu'ont-elles sélectionné? Trois événements: la visite de Nicolas Sarkozy à Saint-Quentin, l'enlèvement de la petite Elise, l'histoire de cet Autrichien, père incestueux, qui a eu six enfants avec sa propre fille. Bref, le local, le fait divers et l'horreur ont retenu leur attention. Elles sont allés regarder les journaux, mais très vite internet. Je ne sais pas ce que ça va donner, je suis un peu sceptique. On verra bien dans quinze jours.
mercredi 25 mars 2009
La fille qui passe.
Ce matin, 8h00, devant ma salle de classe, au milieu des élèves qui attendent, alors que je cherche ma clé pour ouvrir, une fille que je ne connais pas me demande quelque chose que je n'entends pas. J'ai horreur de ça, je ne sais pas faire deux choses à la fois, ouvrir une porte et écouter quelqu'un. J'invite la fille à venir me voir à mon bureau, il suffit qu'elle patiente 30 secondes. Mais l'entrée en matière se présente mal...
30 secondes plus tard, mon cartable sur le bureau, cette élève que je ne connais pas me demande avec un sourire très large et innocent si elle peut assister à mon cours. Allons bon! Qu'est-ce que c'est que ça? Génétiquement, un élève est programmé pour fuir les cours, pas pour les désirer. Je m'interroge, mettez-vous à ma place...
Et puis, par nature, je me méfie des sourires très larges et innocents, surtout quand ils viennent des élèves, surtout d'une élève que je ne connais pas. Je vois le mal partout? Oui, peut-être. En tout cas, je ne reçois pas de bonne humeur la demoiselle, je suis même un peu brutal avec elle, répondant à sa question par une autre question: d'où tu viens? Pourquoi t'es là? (je résume, mon interpellation était tout de même plus douce).
Elle vient de TL1, elle veut assister à un de mes cours, c'est tout. Je pourrais sauter de joie (une élève qui s'intéresse tellement à la philo qu'elle fait des heures sup avec un autre prof!), je pourrais même penser, narcissiquement, qu'elle vient pour moi, pour le génie de mon cours. Mais j'ai quand même un peu de métier, je me méfie des élèves et je me méfie encore plus de moi-même, de mes impressions, de mes emballements.
Je lui dis d'abord que oui, elle peut rester, à condition de ne pas mettre le bazar. Parce que la copine qui vient voir la copine, je connais et j'apprécie pas. Ça donne souvent deux pipelettes. Plus subtile, plus vicieuse, l'élève qui vient comparer son prof avec un autre prof pour pouvoir dire tout le mal qu'elle pense du premier. L'herbe est toujours plus verte dans la prairie du voisin. Ça, je déteste, il ne faut pas me la faire.
La dernière hypothèse pour expliquer cette inhabituelle et rarissime visite, c'est tout bêtement la curiosité, qui est comme chacun sait "un vilain défaut". L'élève veut voir comment ça se passe avec l'autre prof de philo. Vieux fantasme scolaire. Sauf que la classe n'est pas un zoo et que je ne suis pas une bête de cirque à qui on lance des cacahuètes.
Le cours s'est déroulé, la fille a écouté (sans prendre cependant de notes). Tout s'est finalement bien passé. Mes préventions, mes soupçons sont peut-être excessifs. Mais mieux vaut prévenir que guérir. Elle est partie sans rien ajouter. Reviendra-t-elle? Elle sera la bienvenue...
30 secondes plus tard, mon cartable sur le bureau, cette élève que je ne connais pas me demande avec un sourire très large et innocent si elle peut assister à mon cours. Allons bon! Qu'est-ce que c'est que ça? Génétiquement, un élève est programmé pour fuir les cours, pas pour les désirer. Je m'interroge, mettez-vous à ma place...
Et puis, par nature, je me méfie des sourires très larges et innocents, surtout quand ils viennent des élèves, surtout d'une élève que je ne connais pas. Je vois le mal partout? Oui, peut-être. En tout cas, je ne reçois pas de bonne humeur la demoiselle, je suis même un peu brutal avec elle, répondant à sa question par une autre question: d'où tu viens? Pourquoi t'es là? (je résume, mon interpellation était tout de même plus douce).
Elle vient de TL1, elle veut assister à un de mes cours, c'est tout. Je pourrais sauter de joie (une élève qui s'intéresse tellement à la philo qu'elle fait des heures sup avec un autre prof!), je pourrais même penser, narcissiquement, qu'elle vient pour moi, pour le génie de mon cours. Mais j'ai quand même un peu de métier, je me méfie des élèves et je me méfie encore plus de moi-même, de mes impressions, de mes emballements.
Je lui dis d'abord que oui, elle peut rester, à condition de ne pas mettre le bazar. Parce que la copine qui vient voir la copine, je connais et j'apprécie pas. Ça donne souvent deux pipelettes. Plus subtile, plus vicieuse, l'élève qui vient comparer son prof avec un autre prof pour pouvoir dire tout le mal qu'elle pense du premier. L'herbe est toujours plus verte dans la prairie du voisin. Ça, je déteste, il ne faut pas me la faire.
La dernière hypothèse pour expliquer cette inhabituelle et rarissime visite, c'est tout bêtement la curiosité, qui est comme chacun sait "un vilain défaut". L'élève veut voir comment ça se passe avec l'autre prof de philo. Vieux fantasme scolaire. Sauf que la classe n'est pas un zoo et que je ne suis pas une bête de cirque à qui on lance des cacahuètes.
Le cours s'est déroulé, la fille a écouté (sans prendre cependant de notes). Tout s'est finalement bien passé. Mes préventions, mes soupçons sont peut-être excessifs. Mais mieux vaut prévenir que guérir. Elle est partie sans rien ajouter. Reviendra-t-elle? Elle sera la bienvenue...
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