C'était hier grève, que j'ai suivi, mais mes élèves devaient rencontrer le président du Conseil constitutionnel, Jean-Louis Debré: je les ai donc accompagnés. Sortir du lycée, c'est toute une aventure. Il faut l'autorisation des parents, puis faire très attention, partir groupé, veiller qu'aucun élève ne s'égare, être prudent quand on traverse une rue.
Arrivé au lieu de rencontre, le Palais de Fervaques, je m'élance dans la vaste salle où s'installent rapidement 400 à 500 élèves. Je pousse mes élèves à occuper les premiers rangs. France 3 est là (ils m'ont appelé le matin), et puis, c'est plus simple pour poser les questions. Enfin, les gros bataillons de Saint-Jean, l'établissement privé, occupent largement le terrain. Il faut les devancer et les contourner, en s'installant devant. Vive la Laïque!
Jean-Louis Debré est un excellent pédagogue et un grand républicain. Ses propos ne lassent pas une minute, ses idées me ravissent: sur l'école, la laïcité, la République, les institutions, l'Europe, je suis en gros d'accord, alors que nous ne sommes pas du même bord. Mes élèves sont très concentrés, n'en perdent pas une miette.
Je les observe discrètement: c'est beau à voir, un visage concentré. Tout l'effort de l'esprit alors apparaît. Je ne crois pas que ce soit le contenu du discours qui retient leur attention, mais plutôt le personnage: ils sont face à un homme important, cela se sent, et c'est peut-être la première fois de leur vie. Une sorte de fascination s'exerce.
Au moment des questions, les mains se lèvent. Je leur ai préparé un petit papier, qu'ils n'ont plus qu'à lire (mais ce sont eux qui ont préparé et choisi les questions). Deux élèves ont finalement pu s'adresser au président du Conseil constitutionnel. Elles sont contentes, et même sans doute un peu fières. Mission réussie: ce jour, parmi les élèves, quelque chose aura passé. C'est l'essentiel.
vendredi 21 novembre 2008
jeudi 20 novembre 2008
Joie à l'IUTA.
Il m'arrive, trois à quatre fois par l'an, d'aller donner une conférence devant l'IUTA, à Laon. La dernière fois, c'était vendredi. L'IUTA, c'est l'Institut Universitaire Tous Ages, qui dépend de l'Université Jules Verne d'Amiens. Le public est plutôt senior, très emballé par la philo, prompt à intervenir, à participer. Ces rencontres sont pour moi, comme tout acte d'enseignement, de transmission, un moment de joie. Vendredi, je leur ai parlé des philosophes et de la mort, et à nouveau, c'était très joyeux.
J'ai commencé par évoquer, dans une première partie, les questions et problèmes philosophiques que pose la mort:
- La mort est-elle vraiment une interrogation philosophique? Ne devrait-elle pas être laissée à la médecine ou à la religion?
- C'est quoi exactement la mort? Une fin ou un commencement? Une tragédie ou une libération? Une façon d'être ou un néant?
- Son problème psychologique, c'est plus la mort de l'autre, le scandale de son absence, que la mort de soi.
- Son problème moral, c'est le comportement à adopter face à la mort: peur ou sérénité?
- Son problème social, c'est la place qu'on accorde aux morts dans la société, la ritualisation de cet évènement qu'est la mort.
Ma deuxième partie s'est intéressée à la mort chez les philosophes, leur attitude, leur analyse et leur solution:
J'ai ouvert ce chapitre sur deux morts célèbres: celle de Socrate, condamné à boire la cigüe et qui se préoccupe, dans son dernier souffle, de savoir comment régler une dette (l'achat d'un coq!), celle du stoïcien Sénèque, qui met fin à ses jours sur ordre de son maître Néron, en s'ouvrant lentement les veines dans un grand bain tiède.
Epicure, lui, tient trop au plaisir de la vie pour y mettre volontairement un terme. Il assène ce jugement extraordinaire, dans sa Lettre à Ménécée: "Le plus terrifiant des mots, la mort, n'est rien par rapport à nous, puisque, quand nous sommes, la mort n'est pas là, et, quand la mort est là, nous ne sommes plus."
Et puis, j'en viens au sombre XVIIème siècle, où la peinture, à travers ses "vanités", aime à représenter la mort, Pascal conseillant sa méditation, alors que Spinoza pense exactement le contraire: "Un homme libre ne pense à aucune chose moins qu'à la mort, et la sagesse est une méditation non de la mort mais de la vie." (Ethique, IV, proposition LXVII)
Le XIXème est plus optimiste, scientiste, rationaliste: Nietzsche nous parle certes de la mort, mais de celle de Dieu (prologue du Zarathoustra); Hegel, lui, s'intéresse à la mort des civilisations, qui n'a rien de tragique puisque c'est le mouvement même de la vie, le moment négatif de l'Histoire qui annonce un moment positif.
Au XXème siècle, guerres et génocides mettent la mort en avant. Qui de mieux que Freud pour nous expliquer que l'homme est victime d'une pulsion de mort, la recherche d'un plaisir morbide, thanatos plutôt qu'eros, la baisse de tension, le repos qui est aussi celui, éternel, de la mort. La "petite mort": n'est-ce pas ainsi qu'on qualifiait l'orgasme?
J'ai terminé, trop rapidement, faute de temps (la conférence dure deux heures), sur la perception de la mort dans la société contemporaine: exaltation de la jeunesse, disparition du cadavre, marginalisation du cimetière, et pourtant, les débats de société depuis trente ans nous parlent de la mort, avortement, peine de mort, euthanasie.
J'ai commencé par évoquer, dans une première partie, les questions et problèmes philosophiques que pose la mort:
- La mort est-elle vraiment une interrogation philosophique? Ne devrait-elle pas être laissée à la médecine ou à la religion?
- C'est quoi exactement la mort? Une fin ou un commencement? Une tragédie ou une libération? Une façon d'être ou un néant?
- Son problème psychologique, c'est plus la mort de l'autre, le scandale de son absence, que la mort de soi.
- Son problème moral, c'est le comportement à adopter face à la mort: peur ou sérénité?
- Son problème social, c'est la place qu'on accorde aux morts dans la société, la ritualisation de cet évènement qu'est la mort.
Ma deuxième partie s'est intéressée à la mort chez les philosophes, leur attitude, leur analyse et leur solution:
J'ai ouvert ce chapitre sur deux morts célèbres: celle de Socrate, condamné à boire la cigüe et qui se préoccupe, dans son dernier souffle, de savoir comment régler une dette (l'achat d'un coq!), celle du stoïcien Sénèque, qui met fin à ses jours sur ordre de son maître Néron, en s'ouvrant lentement les veines dans un grand bain tiède.
Epicure, lui, tient trop au plaisir de la vie pour y mettre volontairement un terme. Il assène ce jugement extraordinaire, dans sa Lettre à Ménécée: "Le plus terrifiant des mots, la mort, n'est rien par rapport à nous, puisque, quand nous sommes, la mort n'est pas là, et, quand la mort est là, nous ne sommes plus."
Et puis, j'en viens au sombre XVIIème siècle, où la peinture, à travers ses "vanités", aime à représenter la mort, Pascal conseillant sa méditation, alors que Spinoza pense exactement le contraire: "Un homme libre ne pense à aucune chose moins qu'à la mort, et la sagesse est une méditation non de la mort mais de la vie." (Ethique, IV, proposition LXVII)
Le XIXème est plus optimiste, scientiste, rationaliste: Nietzsche nous parle certes de la mort, mais de celle de Dieu (prologue du Zarathoustra); Hegel, lui, s'intéresse à la mort des civilisations, qui n'a rien de tragique puisque c'est le mouvement même de la vie, le moment négatif de l'Histoire qui annonce un moment positif.
Au XXème siècle, guerres et génocides mettent la mort en avant. Qui de mieux que Freud pour nous expliquer que l'homme est victime d'une pulsion de mort, la recherche d'un plaisir morbide, thanatos plutôt qu'eros, la baisse de tension, le repos qui est aussi celui, éternel, de la mort. La "petite mort": n'est-ce pas ainsi qu'on qualifiait l'orgasme?
J'ai terminé, trop rapidement, faute de temps (la conférence dure deux heures), sur la perception de la mort dans la société contemporaine: exaltation de la jeunesse, disparition du cadavre, marginalisation du cimetière, et pourtant, les débats de société depuis trente ans nous parlent de la mort, avortement, peine de mort, euthanasie.
mercredi 19 novembre 2008
Fin de trimestre.
Une élève m'a posé ce matin la question: monsieur, une rumeur dit que vous feriez grève demain. Est-ce vrai? Je réponds que oui, que c'est vrai, mais que je serai quand même présent dans l'après-midi pour accompagner mes Premières à la rencontre avec Jean-Louis Debré. C'est fou comme on peut rendre heureux un lycéen quand on lui dit ça, que demain le prof ne sera pas là. Certains ont du mal à contenir leur joie, c'est physique et plus fort qu'eux. Personne n'échappe à ce phénomène, même les bons élèves, qui sont gagnés autant que les autres par l'allégresse.
Elève, j'étais pareil. Chaque matin, nous allions voir au tableau des absences, et parfois le miracle s'accomplissait: le nom de tel prof était inscrit à la craie, avec la mention magique: absent!
Demain, je vais profiter de la journée de grève pour... travailler. J'ai trois paquets de copies à corriger qui m'attendent. Eh oui, je suis sorti il y a peu de temps d'une série de corrections (c'était pendant les dernières vacances), je recommence. Quand on donne un devoir par mois, une correction en cache souvent, et rapidement, une autre. Les sujets du dernier devoir (à la maison): doit-on aimer la liberté? Faut-il se méfier de nos désirs? Et un texte de Kant.
Ce sera la troisième et dernière note du trimestre. Les conseils de classe s'annoncent. Il va bientôt falloir songer à remplir les bulletins. Il me reste moins de quinze jours pour ça. Le premier trimestre tire sur sa fin. C'est le seul trimestre qui semble long. Après, janvier et la suite, tout va très vite, on se laisser emporter vers la fin de l'année, comme en pente douce. C'est aussi parce que c'est le trimestre des débuts, toujours difficiles, toujours pleins d'espoir. Ensuite, la fatalité paraît l'emporter, comme si les jeux étaient faits. Ce qui est, bien entendu, faux.
Elève, j'étais pareil. Chaque matin, nous allions voir au tableau des absences, et parfois le miracle s'accomplissait: le nom de tel prof était inscrit à la craie, avec la mention magique: absent!
Demain, je vais profiter de la journée de grève pour... travailler. J'ai trois paquets de copies à corriger qui m'attendent. Eh oui, je suis sorti il y a peu de temps d'une série de corrections (c'était pendant les dernières vacances), je recommence. Quand on donne un devoir par mois, une correction en cache souvent, et rapidement, une autre. Les sujets du dernier devoir (à la maison): doit-on aimer la liberté? Faut-il se méfier de nos désirs? Et un texte de Kant.
Ce sera la troisième et dernière note du trimestre. Les conseils de classe s'annoncent. Il va bientôt falloir songer à remplir les bulletins. Il me reste moins de quinze jours pour ça. Le premier trimestre tire sur sa fin. C'est le seul trimestre qui semble long. Après, janvier et la suite, tout va très vite, on se laisser emporter vers la fin de l'année, comme en pente douce. C'est aussi parce que c'est le trimestre des débuts, toujours difficiles, toujours pleins d'espoir. Ensuite, la fatalité paraît l'emporter, comme si les jeux étaient faits. Ce qui est, bien entendu, faux.
mardi 18 novembre 2008
L'art et la manière.
Très beau film à mon Ciné-Philo de ce mois: "Séraphine", de Martin Provost. Public nombreux aussi: 75 spectateurs. Mais pas d'élèves. Vraiment dommage, d'autant que nous travaillons en ce moment avec les Littéraires sur "l'art", et que la moitié de la classe suit l'option arts plastiques. Toute petite déception aussi pour le débat qui a suivi: les interventions étaient certes riches et éclairantes, mais il a manqué la pointe de polémique qui fait le sel d'un bon débat.
J'ai pourtant essayé de provoquer un peu, comme il faut le faire dans toute animation digne de ce nom. En vain. Est-ce parce que l'art porte à la dévotion? J'ai voulu remettre en question le personnage de Séraphine, j'ai tenté une critique du film, dont le succès vient peut-être de ce qu'il laisse croire à chacun qu'il pourrait être grand artiste, emporté par le souffle du génie et de l'inspiration! A l'image de Séraphine, une brave campagnarde qui égale les grands maîtres. Mais ma provoc n'a pas pris.
A propos d'art, que faisons-nous en classe? J'ai choisi malicieusement deux sujets presque inverses: peut-on être indifférent à la beauté? L'art doit-il s'intéresser à la laideur? Pas facile, l'art en philosophie. Il faut bien que les élèves aient quelques références, qu'ils n'ont pas toujours. Et puis, comprendre pourquoi une oeuvre est belle, c'est très complexe. Souvent, la tentation est grande de se rabattre sur la subjectivité. Mais ce n'est pas ainsi qu'on fait de la bonne philosophie.
J'ai pourtant essayé de provoquer un peu, comme il faut le faire dans toute animation digne de ce nom. En vain. Est-ce parce que l'art porte à la dévotion? J'ai voulu remettre en question le personnage de Séraphine, j'ai tenté une critique du film, dont le succès vient peut-être de ce qu'il laisse croire à chacun qu'il pourrait être grand artiste, emporté par le souffle du génie et de l'inspiration! A l'image de Séraphine, une brave campagnarde qui égale les grands maîtres. Mais ma provoc n'a pas pris.
A propos d'art, que faisons-nous en classe? J'ai choisi malicieusement deux sujets presque inverses: peut-on être indifférent à la beauté? L'art doit-il s'intéresser à la laideur? Pas facile, l'art en philosophie. Il faut bien que les élèves aient quelques références, qu'ils n'ont pas toujours. Et puis, comprendre pourquoi une oeuvre est belle, c'est très complexe. Souvent, la tentation est grande de se rabattre sur la subjectivité. Mais ce n'est pas ainsi qu'on fait de la bonne philosophie.
lundi 17 novembre 2008
Syndicalisme enseignant.
Nous avons enfin des panneaux syndicaux dans la nouvelle salle des profs. Un peu petits, mais bon, faisons avec ce qu'on a. J'ai tout de suite occupé le premier de la série, pour le syndicat que je représente, le SE-UNSA. La meilleure place, quoi! Ca tombait bien: il y a grève jeudi dans l'Education Nationale, pour protester notamment contre le budget 2009. Je l'ai donc annoncé sur mon panneau.
Et puis, j'ai distribué l'appel des syndicats (même le SNALC, classé plutôt à droite, sera dans la rue!) dans chaque casier. 150 en tout. Pour ça, je passe en salle des profs après 18h00, quand presque tout le monde est parti. Pendant les pauses (5 minutes) ou les récréations (15 minutes), le temps est insuffisant. Il suffit qu'on cause avec un collègue, et la distribution est fichue.
Ce soir, il y avait quand même quelqu'un, à 18h45, une collègue se servant de la photocopieuse (pour ça aussi, mieux vaut venir le soir). C'est une jeune stagiaire, qui va muter à la prochaine rentrée, et qui m'a interrogé sur ce qu'elle devait faire. J'ai essayé de répondre au mieux, et je l'ai renvoyée sur notre commissaire paritaire (c'est-à-dire le représentant du personnel au niveau de l'académie).
Grandeur et misère du syndicalisme enseignant, et depuis fort longtemps: nous devrions être une force de revendications et de propositions (comme lors de la grève de jeudi), et non pas ce que nous sommes beaucoup trop devenus, une sorte d'administration-bis qui informe les nouveaux enseignants sur les règles de mutation, une société-conseil, un prestataire de service.
Pendant que j'y suis: ne dites pas à mes élèves que je fais grève jeudi, ils seraient trop contents! Et puis, je serai quand même là dans l'après-midi, quoique gréviste, puisque je dois accompagner mes élèves de Première à la rencontre de Jean-Louis Debré, président du Conseil constitutionnel.
Et puis, j'ai distribué l'appel des syndicats (même le SNALC, classé plutôt à droite, sera dans la rue!) dans chaque casier. 150 en tout. Pour ça, je passe en salle des profs après 18h00, quand presque tout le monde est parti. Pendant les pauses (5 minutes) ou les récréations (15 minutes), le temps est insuffisant. Il suffit qu'on cause avec un collègue, et la distribution est fichue.
Ce soir, il y avait quand même quelqu'un, à 18h45, une collègue se servant de la photocopieuse (pour ça aussi, mieux vaut venir le soir). C'est une jeune stagiaire, qui va muter à la prochaine rentrée, et qui m'a interrogé sur ce qu'elle devait faire. J'ai essayé de répondre au mieux, et je l'ai renvoyée sur notre commissaire paritaire (c'est-à-dire le représentant du personnel au niveau de l'académie).
Grandeur et misère du syndicalisme enseignant, et depuis fort longtemps: nous devrions être une force de revendications et de propositions (comme lors de la grève de jeudi), et non pas ce que nous sommes beaucoup trop devenus, une sorte d'administration-bis qui informe les nouveaux enseignants sur les règles de mutation, une société-conseil, un prestataire de service.
Pendant que j'y suis: ne dites pas à mes élèves que je fais grève jeudi, ils seraient trop contents! Et puis, je serai quand même là dans l'après-midi, quoique gréviste, puisque je dois accompagner mes élèves de Première à la rencontre de Jean-Louis Debré, président du Conseil constitutionnel.
dimanche 16 novembre 2008
Faire gaffe.
Cette semaine, après un cours, un élève est venu me voir. C'est plutôt rare, sinon pour des questions pratiques, administratives. Là, c'était pour autre chose, plus grave. Il a attendu que la salle se vide, puis s'est confié à moi: la philo l'intéresse, et de fait c'est un élève sérieux, attentif. Mais il y a quelque chose de tourmenté dans son regard et son visage. Je sens que ça ne va pas. Quoi? Il me le confie, il est venu me voir pour ça: mon enseignement le perturbe, ses parents lui disent qu'il réfléchit, qu'il pense... trop.
Je réponds quoi? On ne pense jamais assez! Et pourtant, qui sait ce que peut produire la philosophie dans la tête d'un adolescent? La philo est un travail, un jeu mais aussi une épreuve. Un prof doit le savoir, et faire gaffe. Mon premier sujet de dissertation de l'année a visiblement déstabilisé cet élève: est-on heureux en faisant le mal? Il m'avoue avoir été troublé par la question. Je reconnais que c'était un peu hard. Mais je voulais éveiller, provoquer, stimuler la classe. Le pire, c'est l'endormissement.
Intellectuellement, je ne ménage pas mes élèves. La philosophie est un sport de combat! Je veux les amener sur le ring, qu'ils s'affrontent à eux-mêmes, à leurs pensées, à leurs préjugés. Mais il faut que je fasse gaffe. Il m'arrive cependant de m'auto-censurer. L'un des sujets de devoir surveillé était, vous vous en souvenez: peut-on désirer être immortel? Ce que je ne vous avais pas encore dit, c'est que la question initiale était autre: peut-on désirer mourir? J'ai renoncé, au dernier moment: question trop dangereuse.
La philosophie est un sport de combat, mais c'est aussi un jeu périlleux. Le philosophe a le devoir de se mettre en danger, mais l'enseignant n'a pas le droit de mettre en danger ses élèves. C'est sa responsabilité. Je fais quoi avec mon élève? Je lui ai proposé une rencontre avec ses parents, pour discuter, présenter et expliquer la philosophie, dédramatiser.
Je réponds quoi? On ne pense jamais assez! Et pourtant, qui sait ce que peut produire la philosophie dans la tête d'un adolescent? La philo est un travail, un jeu mais aussi une épreuve. Un prof doit le savoir, et faire gaffe. Mon premier sujet de dissertation de l'année a visiblement déstabilisé cet élève: est-on heureux en faisant le mal? Il m'avoue avoir été troublé par la question. Je reconnais que c'était un peu hard. Mais je voulais éveiller, provoquer, stimuler la classe. Le pire, c'est l'endormissement.
Intellectuellement, je ne ménage pas mes élèves. La philosophie est un sport de combat! Je veux les amener sur le ring, qu'ils s'affrontent à eux-mêmes, à leurs pensées, à leurs préjugés. Mais il faut que je fasse gaffe. Il m'arrive cependant de m'auto-censurer. L'un des sujets de devoir surveillé était, vous vous en souvenez: peut-on désirer être immortel? Ce que je ne vous avais pas encore dit, c'est que la question initiale était autre: peut-on désirer mourir? J'ai renoncé, au dernier moment: question trop dangereuse.
La philosophie est un sport de combat, mais c'est aussi un jeu périlleux. Le philosophe a le devoir de se mettre en danger, mais l'enseignant n'a pas le droit de mettre en danger ses élèves. C'est sa responsabilité. Je fais quoi avec mon élève? Je lui ai proposé une rencontre avec ses parents, pour discuter, présenter et expliquer la philosophie, dédramatiser.
jeudi 13 novembre 2008
Une journée comme une autre.
De 8h00 à 11h00 (oui, trois heures avec la même classe), la moitié des élèves étaient absents, l'option arts plastiques, partis faire une visite à Paris. J'ai découvert ça ce matin, personne n'a prévenu, sauf une élève, hier, avant de partir, qui m'a informé. Pas normal, bien sûr.
De 11h00 à 12h00, en ECJS (instruction civique, je rappelle), nous avions un journaliste avec nous, du Courrier Picard, qui va faire un papier sur la préparation de la venue de Jean-Louis Debré, président du Conseil constitutionnel, la semaine prochaine. Avec les élèves, nous avons préparé les questions à lui poser. Parmi celles-ci: combien gagnez-vous? Inévitable...
Toujours en ECJS, une élève me demande, le plus naturellement du monde, quand est fêtée la sainte Catherine. Je ne sais pas, une autre répond à ma place. Et on fait quoi à cette date? Une élève affirme qu'on offre des fleurs, une autre qu'on lance des cailloux. Marrant...
Avec les S, de 14h00 à 16h00, la réflexion porte sur le désir d'immortalité (c'est le corrigé du devoir surveillé). J'explique que vouloir et avoir des enfants est une forme d'accès à l'immortalité, par le prolongement biologique de soi, à travers sa descendance. Je soutiens que la raison obscure de procréer est peut-être celle-là. Une main se lève, un élève n'est pas convaincu. Il a une autre explication de l'enfantement: la perception des allocations familiales! Désarmant...
Pas normal, inévitable, marrant, désarmant, une journée comme une autre dans l'Education Nationale.
De 11h00 à 12h00, en ECJS (instruction civique, je rappelle), nous avions un journaliste avec nous, du Courrier Picard, qui va faire un papier sur la préparation de la venue de Jean-Louis Debré, président du Conseil constitutionnel, la semaine prochaine. Avec les élèves, nous avons préparé les questions à lui poser. Parmi celles-ci: combien gagnez-vous? Inévitable...
Toujours en ECJS, une élève me demande, le plus naturellement du monde, quand est fêtée la sainte Catherine. Je ne sais pas, une autre répond à ma place. Et on fait quoi à cette date? Une élève affirme qu'on offre des fleurs, une autre qu'on lance des cailloux. Marrant...
Avec les S, de 14h00 à 16h00, la réflexion porte sur le désir d'immortalité (c'est le corrigé du devoir surveillé). J'explique que vouloir et avoir des enfants est une forme d'accès à l'immortalité, par le prolongement biologique de soi, à travers sa descendance. Je soutiens que la raison obscure de procréer est peut-être celle-là. Une main se lève, un élève n'est pas convaincu. Il a une autre explication de l'enfantement: la perception des allocations familiales! Désarmant...
Pas normal, inévitable, marrant, désarmant, une journée comme une autre dans l'Education Nationale.
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