A l'IUTA de Laon, cet après-midi, je me suis retrouvé devant une salle d'une cinquantaine de personnes, grand public cultivé qui fait mon bonheur. Le sujet pourtant risquait d'être austère. Habituellement, j'entame dans ce genre de conférence des sujets philosophiquement affriolants, des questions provocatrices. Là, c'est un texte que j'avais choisi de commenter, l'allégorie de la Caverne chez Platon, dans son ouvrage La République, au début du chapitre VII.
C'est la première fois que je tentais cet exercice. J'ai bien sûr distribué, avant de commencer, le texte, qu'on peut faire tenir dans une page. Je laisse les auditeurs libres de m'interpeller ou de réagir pendant mon exposé, j'essaie, pas facile, de rendre cette rencontre interactive. Aujourd'hui, j'ai parfaitement réussi. Questions, remarques, rires, le public a joué le jeu et j'ai réussi à l'entraîner.
La Caverne, c'est notre monde sensible, ce monde des apparences que condamne Platon, au bénéfice du monde intelligible, de l'esprit, le monde de la vérité. Les prisonniers de l'un peuvent rejoindre l'autre, par leur volonté propre et une démarche progressive (attention à ne pas regarder immédiatement le soleil, car nous serions éblouis et moins bien servis que dans la Caverne.
Une fois atteint la vérité absolue, qu'en faire? Ce qui n'a pas été fait: quitter l'évidence et la certitude pour retourner dans la Caverne de l'ignorance! Parce que le philosophe, selon Platon, n'est pas un pur méditatif, c'est aussi un homme d'action. C'est pourquoi il va rejoindre ses frères esclaves pour leur transmettre la Vérité, sous la forme de l'éducation et de la politique.
vendredi 16 janvier 2009
jeudi 15 janvier 2009
L'appétit en philosophant.
Trois heures de Zarathoustra ce matin: c'est le temps que je passe avec mes L le jeudi. Il faut du souffle (à eux, moi c'est mon métier). Nous avons étudié les deux premiers chapitres du Prologue. Il me restait quinze minutes pour attaquer le troisième. Mais j'ai arrêté les frais. Il ne faut pas non plus leur bourrer la tête de philosophie. Le chapitre trois, ce sera pour demain matin. A chaque jour suffit sa peine.
Dans l'après-midi, en ECJS, avec les Premières, j'ai tenté un débat d'actualité, à propos de l'intervention israélienne dans la bande de Gaza. Les élèves ne savent pas grand-chose du conflit israélo-palestinien. Mais moi, à leur âge, en savais-je plus qu'eux? Ils posent des questions, c'est bien. Sauf deux filles qui me chauffent les oreilles à parler entre elles pendant que je parle. D'où gueulante.
Le soir, je retrouve plusieurs de mes élèves au Café-Philo, qui porte sur un sujet assez pittoresque, pas du tout de style bac: La vérité est-elle dans notre assiette? Du monde, des échanges, de la répartie, un vrai régal, c'est le cas de le dire! Pour vous mettre l'eau à la bouche, voici quelques amuse-gueules:
- Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es?
- L'alimentation est-elle à la base de la civilisation?
- Y a-t-il une éthique du bien manger?
- Que nous apprennent nos phobies alimentaires?
- Eros est-il dans notre assiette?
Au dessert, une réflexion sur les repas célèbres, la Cène autour du Christ, le Banquet de Platon, puis sur les interdits alimentaires dans les religions. Et pour la route, deux références: Le ventre des philosophes, de Michel Onfray, le cru et le cuit de Claude Lévi-Strauss. Bon appétit!
Dans l'après-midi, en ECJS, avec les Premières, j'ai tenté un débat d'actualité, à propos de l'intervention israélienne dans la bande de Gaza. Les élèves ne savent pas grand-chose du conflit israélo-palestinien. Mais moi, à leur âge, en savais-je plus qu'eux? Ils posent des questions, c'est bien. Sauf deux filles qui me chauffent les oreilles à parler entre elles pendant que je parle. D'où gueulante.
Le soir, je retrouve plusieurs de mes élèves au Café-Philo, qui porte sur un sujet assez pittoresque, pas du tout de style bac: La vérité est-elle dans notre assiette? Du monde, des échanges, de la répartie, un vrai régal, c'est le cas de le dire! Pour vous mettre l'eau à la bouche, voici quelques amuse-gueules:
- Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es?
- L'alimentation est-elle à la base de la civilisation?
- Y a-t-il une éthique du bien manger?
- Que nous apprennent nos phobies alimentaires?
- Eros est-il dans notre assiette?
Au dessert, une réflexion sur les repas célèbres, la Cène autour du Christ, le Banquet de Platon, puis sur les interdits alimentaires dans les religions. Et pour la route, deux références: Le ventre des philosophes, de Michel Onfray, le cru et le cuit de Claude Lévi-Strauss. Bon appétit!
mercredi 14 janvier 2009
Avez-vous un secret?
Retour à Bernot pour un Café-Philo sur le secret. Nous sommes 18 dans la salle de la mairie, décorée par Raphaël Blanchard et le Foyer Rural. Des malades, dont Monsieur le Maire, se sont faits excuser. C'est la période des gastros et des grippes! Une tasse de café en carton, énorme, trône sur une table. Marrant! Après les essais de micro (à fil, mais qui est assez long pour faire le tour de la pièce), c'est parti pour une bonne heure d'échanges.
Tout le monde n'est pas discipliné. Il y a des bavards dans un coin, et des participants qui n'arrivent pas à canaliser leur pensée et s'expriment avant que le micro ne le leur ait donné l'autorisation! Quand Raphaël s'exprime, sa mère le regarde avec amour et admiration (c'est du moins comme ça que je le vois, et je ne pense pas trahir... un secret). Sinon, bonne ambiance, le thème a très bien accroché, mieux m'a-t-il semblé que la première fois. Mais c'est peut-être Bernot qui s'habitue au Café-Philo...
Il faut dire que le secret est un sujet qui intrigue. Est-il bon d'avoir des secrets? Telle était la question. Le secret est une notion qui apparaît à travers de nombreuses expressions: le secret de famille, le secret du vote, le secret professionnel, le secret de la confession, le secret industriel, le secret de polichinelle, le secret maçonnique, les services secrets, un code secret, j'arrête là, on n'en finirait pas. Sur un fond aussi riche, les questions ne peuvent que prospérer:
Quelle est l'utilité du secret? Est-il possible de garder un secret? Chacun d'entre nous a-t-il un secret? Le secret peut-il être dangereux? Le secret est-il une preuve de culpabilité? Un secret que nul ne connaît est-il encore un secret? Obliger autrui à garder un secret n'est-il pas une façon de le dominer? Secret et discret, quelle différence? Le secret est-il nécessairement un mystère? L'idéal de transparence condamne-t-il le secret?...
Tout le monde n'est pas discipliné. Il y a des bavards dans un coin, et des participants qui n'arrivent pas à canaliser leur pensée et s'expriment avant que le micro ne le leur ait donné l'autorisation! Quand Raphaël s'exprime, sa mère le regarde avec amour et admiration (c'est du moins comme ça que je le vois, et je ne pense pas trahir... un secret). Sinon, bonne ambiance, le thème a très bien accroché, mieux m'a-t-il semblé que la première fois. Mais c'est peut-être Bernot qui s'habitue au Café-Philo...
Il faut dire que le secret est un sujet qui intrigue. Est-il bon d'avoir des secrets? Telle était la question. Le secret est une notion qui apparaît à travers de nombreuses expressions: le secret de famille, le secret du vote, le secret professionnel, le secret de la confession, le secret industriel, le secret de polichinelle, le secret maçonnique, les services secrets, un code secret, j'arrête là, on n'en finirait pas. Sur un fond aussi riche, les questions ne peuvent que prospérer:
Quelle est l'utilité du secret? Est-il possible de garder un secret? Chacun d'entre nous a-t-il un secret? Le secret peut-il être dangereux? Le secret est-il une preuve de culpabilité? Un secret que nul ne connaît est-il encore un secret? Obliger autrui à garder un secret n'est-il pas une façon de le dominer? Secret et discret, quelle différence? Le secret est-il nécessairement un mystère? L'idéal de transparence condamne-t-il le secret?...
mardi 13 janvier 2009
Lire en philosophie.
J'avais rendez-vous ce matin avec un parent d'élève. Le troisième dans l'année! C'est plutôt exceptionnel. En attendant vendredi prochain, le grand rendez-vous: la réunion parents-profs. Je vous raconterai...
Alors, ce matin, comment ça s'est passé? Très bien. Le problème est classique: élève gentille, pas bête du tout, intéressée par certaines matières, mais qui ne travaille pas assez, se laisse un peu aller. Nous avons tous été jeunes, nous avons tous connu cette insouciance. Il faut prendre ça avec beaucoup d'indulgence, de compréhension, mais aussi de gravité et de réalisme: les élèves veulent-ils oui ou non avoir leur bac, sans lequel ils ne pourront pas faire grand-chose dans la vie? Veulent-ils l'an prochain revenir au lycée, redoubler, avoir à me subir une année de plus? Voilà quand même des arguments qui font réfléchir, qui devraient interpeller l'intelligence dont disposent les élèves, comme nous tous!
Le parent m'a posé une excellente question. Elle s'est étonnée que je ne donne pas aux élèves des lectures. J'aime ce genre de question, qui prouve que les parents s'intéressent à leurs enfants et à l'enseignement qu'ils reçoivent. Bien sûr je lui réponds, sans aucun problème:
- La philo au bac n'est pas une épreuve de restitution de connaissances mais de mise en place d'une réflexion personnelle. Une dissertation peut être très bonne sans jamais donner de références philosophiques, sans jamais faire de citations.
- La lecture d'ouvrages peut être un frein à la réflexion personnelle (c'est Platon qui le dit!). On se replie sur les grands auteurs, on oublie, on ne prend pas l'habitude de réfléchir par soi-même. Certains élèves "pompent" odieusement. Ça se voit immédiatement .
- Les livres de philosophie ont souvent un langage très spécialisé, leur style est rébarbatif, ils dégoûtent plus de la philosophie qu'ils nous y font goûter. A l'université, oui, parce que l'étudiant a fait un choix. Au lycée, c'est autre chose: la lecture philosophique est à consommer avec modération.
- Ceci dit, la lecture d'ouvrages n'est pas, évidemment, interdite. Mais elle doit venir dans un second temps. Au deuxième trimestre, je donnerai quelques conseils de lecture à mes élèves, quelques ouvrages accessibles, et nous irons sans doute faire un tour au CDI.
- Enfin, dois-je rappeler que nous travaillons, régulièrement, sur des commentaires de texte, et que le programme invite chaque professeur à étudier des ouvrages ou des parties d'ouvrage dans l'année (un pour les S et ES, deux pour les L). La lecture n'est donc pas négligée dans le cours de philosophie.
Alors, ce matin, comment ça s'est passé? Très bien. Le problème est classique: élève gentille, pas bête du tout, intéressée par certaines matières, mais qui ne travaille pas assez, se laisse un peu aller. Nous avons tous été jeunes, nous avons tous connu cette insouciance. Il faut prendre ça avec beaucoup d'indulgence, de compréhension, mais aussi de gravité et de réalisme: les élèves veulent-ils oui ou non avoir leur bac, sans lequel ils ne pourront pas faire grand-chose dans la vie? Veulent-ils l'an prochain revenir au lycée, redoubler, avoir à me subir une année de plus? Voilà quand même des arguments qui font réfléchir, qui devraient interpeller l'intelligence dont disposent les élèves, comme nous tous!
Le parent m'a posé une excellente question. Elle s'est étonnée que je ne donne pas aux élèves des lectures. J'aime ce genre de question, qui prouve que les parents s'intéressent à leurs enfants et à l'enseignement qu'ils reçoivent. Bien sûr je lui réponds, sans aucun problème:
- La philo au bac n'est pas une épreuve de restitution de connaissances mais de mise en place d'une réflexion personnelle. Une dissertation peut être très bonne sans jamais donner de références philosophiques, sans jamais faire de citations.
- La lecture d'ouvrages peut être un frein à la réflexion personnelle (c'est Platon qui le dit!). On se replie sur les grands auteurs, on oublie, on ne prend pas l'habitude de réfléchir par soi-même. Certains élèves "pompent" odieusement. Ça se voit immédiatement .
- Les livres de philosophie ont souvent un langage très spécialisé, leur style est rébarbatif, ils dégoûtent plus de la philosophie qu'ils nous y font goûter. A l'université, oui, parce que l'étudiant a fait un choix. Au lycée, c'est autre chose: la lecture philosophique est à consommer avec modération.
- Ceci dit, la lecture d'ouvrages n'est pas, évidemment, interdite. Mais elle doit venir dans un second temps. Au deuxième trimestre, je donnerai quelques conseils de lecture à mes élèves, quelques ouvrages accessibles, et nous irons sans doute faire un tour au CDI.
- Enfin, dois-je rappeler que nous travaillons, régulièrement, sur des commentaires de texte, et que le programme invite chaque professeur à étudier des ouvrages ou des parties d'ouvrage dans l'année (un pour les S et ES, deux pour les L). La lecture n'est donc pas négligée dans le cours de philosophie.
lundi 12 janvier 2009
Zarathoustra.
Le programme de philosophe oblige, en Littéraire, à étudier deux ouvrages dans l'année, ou deux parties d'ouvrage qui forment chacune une unité. Ces textes seront utilisées à l'oral du bac, en vue d'un commentaire de la part du candidat. Ils doivent appartenir à deux périodes bien distinctes. Leur choix est un peu un casse-tête: je ne les veux pas trop long, pour que l'élève ne s'y noie pas, je ne les veux pas trop difficile de lecture et de compréhension.
Le premier de ces textes, nous avons commencé à l'étudier, c'est un ouvrage que j'étudie avec les élèves depuis quelques années: le prologue d'Ainsi parlait Zarathoustra, de Nietzsche, traduction de Goldschimdt. Pourquoi ce choix? Parce que le texte est court (18 pages, mais très denses), parce que c'est un récit très littéraire, quasi mythologique, un peu fantastique, toujours intriguant, qui peut accrocher l'intérêt de l'élève.
Je vous raconte brièvement l'histoire: un ermite, las de sa solitude, quitte sa grotte pour rejoindre les hommes. En traversant une forêt, il croise un autre ermite, à moitié fou, qui ne sait pas que "Dieu est mort". Arrivé en ville, l'ermite (Zarathoustra) tombe sur une foule rassemblée pour un spectacle de funambule. Il en profite pour lui adresser un discours, à propos du "surhumain". La foule ne comprend pas et se moque. Nouvelle tentative, autre discours, sur le "dernier homme" cette fois. Nouvel échec.
Alors le funambule commence son numéro, sur son fil, jusqu'à ce qu'un "luron bariolé", sorte de bouffon, viennent le contrarier et le faire chuter. L'homme s'écrase au sol et entame un bref dialogue avec Zarathoustra, qui en fait son "premier compagnon", qu'il va enterrer loin de la ville. Revenu dans sa grotte, Zarathoustra assiste au curieux spectacle de son aigle et de son serpent, enlacés. Ainsi parlait Zarathoustra. Solution de l'énigme dans quelques jours.
Le premier de ces textes, nous avons commencé à l'étudier, c'est un ouvrage que j'étudie avec les élèves depuis quelques années: le prologue d'Ainsi parlait Zarathoustra, de Nietzsche, traduction de Goldschimdt. Pourquoi ce choix? Parce que le texte est court (18 pages, mais très denses), parce que c'est un récit très littéraire, quasi mythologique, un peu fantastique, toujours intriguant, qui peut accrocher l'intérêt de l'élève.
Je vous raconte brièvement l'histoire: un ermite, las de sa solitude, quitte sa grotte pour rejoindre les hommes. En traversant une forêt, il croise un autre ermite, à moitié fou, qui ne sait pas que "Dieu est mort". Arrivé en ville, l'ermite (Zarathoustra) tombe sur une foule rassemblée pour un spectacle de funambule. Il en profite pour lui adresser un discours, à propos du "surhumain". La foule ne comprend pas et se moque. Nouvelle tentative, autre discours, sur le "dernier homme" cette fois. Nouvel échec.
Alors le funambule commence son numéro, sur son fil, jusqu'à ce qu'un "luron bariolé", sorte de bouffon, viennent le contrarier et le faire chuter. L'homme s'écrase au sol et entame un bref dialogue avec Zarathoustra, qui en fait son "premier compagnon", qu'il va enterrer loin de la ville. Revenu dans sa grotte, Zarathoustra assiste au curieux spectacle de son aigle et de son serpent, enlacés. Ainsi parlait Zarathoustra. Solution de l'énigme dans quelques jours.
dimanche 11 janvier 2009
Les élèves lisent-ils?
On me pose parfois la question, sur le ton inquiet de ceux qui ont déjà la réponse: vos élèves lisent-ils? Il y a ce préjugé que la lecture se perdrait. Pourtant, quand j'entre dans une librairie, quand je déambule dans une grande surface, je constate que des centaines de livres sont en vente. Fiez-vous au commerce, il sait ce qui marche!
D'abord, il ne faut pas idolâtrer la lecture, surtout en philosophie. Un bouquin de philo, ce n'est pas un polar, c'est un travail, crayon en main. Ne nous étonnons pas que cette lecture ne soit pas fréquente, puisqu'elle n'est pas aisée. Surtout, lire n'est pas nécessairement intelligent. C'est Platon qui le dit, préférant la pensée vivante de la conversation, telle que la pratiquait Socrate. Ce n'est pas en accumulant les lectures qu'on devient meilleur philosophe, c'est en réfléchissant par soi-même. Mais il est vrai que la lecture bien pratiquée peut y aider.
Et puis lire, c'est fondamentalement lire n'importe quoi, sachant que l'effort de lecture, quel qu'en soit le support, est toujours profitable et estimable (sauf à parcourir le mode d'emploi de votre dernière machine à laver...). L'important pour l'élève est de lire un ouvrage trouvé au CDI, quel qu'il soit. Si c'est de la philo, tant mieux. Si c'est Les Trois Mousquetaires (que je n'ai jamais pu lire jusqu'à la fin!), tant mieux aussi.
Surtout, ne nous laissons pas aller à ce pessimisme injustifié: les gens, les jeunes liraient de moins en moins. Ecoutez ce qu'en dit, dans Philosophie Magazine de ce mois, Roger Chartier, professeur au Collège de France (un homme qui doit lire beaucoup!):
"On entend un diagnostic qui consiste à dire qu'on lit de moins en moins. C'est faux: jamais aucune société n'a autant lu, jamais on n'a publié autant de livres (même si les tirages ont tendance à baisser), jamais il n'y a eu autant de matériel écrit disponible à travers les kiosques ou les marchands de journaux, et jamais on a autant lu du fait de la présence des écrans. Il est donc tout à fait faux de prétendre que la lecture se réduit".
Voilà, tout est dit. Et je voudrais ajouter quelque chose, que j'ai conseillé à mes élèves et qu'il n'est pas toujours évident de pratiquer: lire c'est bien, écrire c'est mieux. Il faut écrire ce qu'on aimerait lire. J'en sais quelque chose...
D'abord, il ne faut pas idolâtrer la lecture, surtout en philosophie. Un bouquin de philo, ce n'est pas un polar, c'est un travail, crayon en main. Ne nous étonnons pas que cette lecture ne soit pas fréquente, puisqu'elle n'est pas aisée. Surtout, lire n'est pas nécessairement intelligent. C'est Platon qui le dit, préférant la pensée vivante de la conversation, telle que la pratiquait Socrate. Ce n'est pas en accumulant les lectures qu'on devient meilleur philosophe, c'est en réfléchissant par soi-même. Mais il est vrai que la lecture bien pratiquée peut y aider.
Et puis lire, c'est fondamentalement lire n'importe quoi, sachant que l'effort de lecture, quel qu'en soit le support, est toujours profitable et estimable (sauf à parcourir le mode d'emploi de votre dernière machine à laver...). L'important pour l'élève est de lire un ouvrage trouvé au CDI, quel qu'il soit. Si c'est de la philo, tant mieux. Si c'est Les Trois Mousquetaires (que je n'ai jamais pu lire jusqu'à la fin!), tant mieux aussi.
Surtout, ne nous laissons pas aller à ce pessimisme injustifié: les gens, les jeunes liraient de moins en moins. Ecoutez ce qu'en dit, dans Philosophie Magazine de ce mois, Roger Chartier, professeur au Collège de France (un homme qui doit lire beaucoup!):
"On entend un diagnostic qui consiste à dire qu'on lit de moins en moins. C'est faux: jamais aucune société n'a autant lu, jamais on n'a publié autant de livres (même si les tirages ont tendance à baisser), jamais il n'y a eu autant de matériel écrit disponible à travers les kiosques ou les marchands de journaux, et jamais on a autant lu du fait de la présence des écrans. Il est donc tout à fait faux de prétendre que la lecture se réduit".
Voilà, tout est dit. Et je voudrais ajouter quelque chose, que j'ai conseillé à mes élèves et qu'il n'est pas toujours évident de pratiquer: lire c'est bien, écrire c'est mieux. Il faut écrire ce qu'on aimerait lire. J'en sais quelque chose...
samedi 10 janvier 2009
Connaissez-vous le PAS?
Cette semaine, dans mon casier, j'ai trouvé un étrange papier, intitulé "Le réseau Prévention Aide Suivi des personnes fragilisées". Quelles personnes fragilisées? Les personnels de l'Education Nationale. Pour faire quoi? Rencontrer "un professionnel de l'écoute". Pour aboutir à quoi? "Les aider à la recherche de la solution la plus appropriée". Avouez que c'est un peu sibyllin. Comme je ne me sens pas "fragilisé", je ne me sens pas concerné, mais j'ai envie de comprendre.
Alors, comme tout le monde en pareille situation, je vais sur le Net, je demande à Google. L'Inspection Académique de Besançon est plus explicite. Voilà un extrait de son dépliant:
"Vous rencontrez des difficultés professionnelles et/ou personnelles. Vous avez des relations difficiles avec: les élèves, les collègues, la hiérarchie. Vous éprouvez de l'agressivité, de la lassitude, vous êtes démotivé(e). Vous vous sentez isolé(e). Vous éprouvez un sentiment de dévalorisation, d'angoisse. Vous vous sentez dépendant (alcool, médicament,... ). Vous pouvez en parler en toute confidentialité, pour faire le point et être conseillé(e) par un psychologue".
Voilà. Je ne veux pas me moquer (qui oserait se moquer des "personnes fragilisées"?). Mais je dois dire ce que j'en pense. Je suis surpris, très surpris. Et perplexe. Je n'imagine pas un seul instant qu'on puisse être enseignant et correspondre au tableau ci-dessus. Un enseignant, comme tout le monde, a le droit d'avoir des défauts, sauf un: la fragilité. Face à une classe, pour transmettre quelque chose, il faut être fort, mentalement, et même physiquement. Ce n'est pas une condition qu'on trouve dans tout métier.
Un enseignant fragile, c'est un oxymore, c'est inconcevable, ça ne peut plus être un enseignant, car une classe, elle, n'est jamais fragile. Elle a le nombre, la force pour elle. Elle ne peut être maîtrisée, canalisée, éduquée que par une autre force, celle de l'enseignant. Quelqu'un de fragile peut être employé de bureau, travailleur en usine et bien d'autres emplois encore, mais pas enseignant. Si Péguy disait des instituteurs qu'ils étaient "les hussards noirs de la République", c'est qu'il avait bien compris leur côté soldats laïques. Un enseignant est toujours au front, c'est un combattant. Ses ennemis? Pas les élèves, bien entendu! Mais l'ignorance, le préjugé, la paresse, qui sont des tendances naturelles chez l'homme, très puissantes, et plus encore chez l'enfant.
Je ne parle évidemment pas des névroses, des pathologies, qui sont des drames personnels. Mais le PAS ne vise pas cela. Il est bien précisé que ce n'est pas un "lieu de soin", mais d'écoute et de conseil. La dépression, quand elle existe, relève du spécialiste. Là, si j'ai bien compris, c'est autre chose, qui n'en mérite pas moins qu'on s'y intéresse et qu'on la traite: une perte de moral, une sorte d'abattement, des problèmes personnels. Une "personne fragilisée" n'est pas une personne malade. Mais je reste persuadé qu'on ne peut pas enseigner, se lever chaque matin pour affronter 30 jeunes qui pensent naturellement à autre chose qu'à ce que vous avez à leur dire, quand on est une "personne fragilisée". C'est d'ailleurs un euphémisme: il n'y a pas de personnes "fragilisées" (par quoi?), il n'y a que des personnes fragiles, qui ne devraient pas, pour cette raison, choisir le métier d'enseignant.
Alors, comme tout le monde en pareille situation, je vais sur le Net, je demande à Google. L'Inspection Académique de Besançon est plus explicite. Voilà un extrait de son dépliant:
"Vous rencontrez des difficultés professionnelles et/ou personnelles. Vous avez des relations difficiles avec: les élèves, les collègues, la hiérarchie. Vous éprouvez de l'agressivité, de la lassitude, vous êtes démotivé(e). Vous vous sentez isolé(e). Vous éprouvez un sentiment de dévalorisation, d'angoisse. Vous vous sentez dépendant (alcool, médicament,... ). Vous pouvez en parler en toute confidentialité, pour faire le point et être conseillé(e) par un psychologue".
Voilà. Je ne veux pas me moquer (qui oserait se moquer des "personnes fragilisées"?). Mais je dois dire ce que j'en pense. Je suis surpris, très surpris. Et perplexe. Je n'imagine pas un seul instant qu'on puisse être enseignant et correspondre au tableau ci-dessus. Un enseignant, comme tout le monde, a le droit d'avoir des défauts, sauf un: la fragilité. Face à une classe, pour transmettre quelque chose, il faut être fort, mentalement, et même physiquement. Ce n'est pas une condition qu'on trouve dans tout métier.
Un enseignant fragile, c'est un oxymore, c'est inconcevable, ça ne peut plus être un enseignant, car une classe, elle, n'est jamais fragile. Elle a le nombre, la force pour elle. Elle ne peut être maîtrisée, canalisée, éduquée que par une autre force, celle de l'enseignant. Quelqu'un de fragile peut être employé de bureau, travailleur en usine et bien d'autres emplois encore, mais pas enseignant. Si Péguy disait des instituteurs qu'ils étaient "les hussards noirs de la République", c'est qu'il avait bien compris leur côté soldats laïques. Un enseignant est toujours au front, c'est un combattant. Ses ennemis? Pas les élèves, bien entendu! Mais l'ignorance, le préjugé, la paresse, qui sont des tendances naturelles chez l'homme, très puissantes, et plus encore chez l'enfant.
Je ne parle évidemment pas des névroses, des pathologies, qui sont des drames personnels. Mais le PAS ne vise pas cela. Il est bien précisé que ce n'est pas un "lieu de soin", mais d'écoute et de conseil. La dépression, quand elle existe, relève du spécialiste. Là, si j'ai bien compris, c'est autre chose, qui n'en mérite pas moins qu'on s'y intéresse et qu'on la traite: une perte de moral, une sorte d'abattement, des problèmes personnels. Une "personne fragilisée" n'est pas une personne malade. Mais je reste persuadé qu'on ne peut pas enseigner, se lever chaque matin pour affronter 30 jeunes qui pensent naturellement à autre chose qu'à ce que vous avez à leur dire, quand on est une "personne fragilisée". C'est d'ailleurs un euphémisme: il n'y a pas de personnes "fragilisées" (par quoi?), il n'y a que des personnes fragiles, qui ne devraient pas, pour cette raison, choisir le métier d'enseignant.
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