Journée-copies, comme je vous l'avais annoncée hier. La correction du troisième devoir, c'est aussi l'occasion de pas mal d'irritation. Au premier, l'indulgence s'impose; au deuxième, les erreurs majeures sont encore pardonnables; au troisième, elles deviennent des fautes difficilement acceptables.
Combien de fois ai-je dit à mes élèves qu'une dissertation de philosophie consistait d'abord et avant tout à répondre précisément à une question précise? Beaucoup trop ne le font toujours pas, ou ne parviennent pas à le faire. Les sujets étaient les suivants: Doit-on aimer la liberté? Faut-il se méfier de nos désirs? Il ne s'agit pas de dire tout ce qu'on pense sur la liberté et sur les désirs, mais de répondre à ces questions. C'est le b-a ba de la philosophie.
Et pour satisfaire à cet objectif, il faut PROBLEMATISER la question, repérer en quelque sorte son centre de gravité. Doit-on aimer la liberté? Il convient de s'interroger sur ce que la liberté a d'aimable... ou de détestable. Les caractéristiques de l'amour, que l'élève se doit de repérer, sont-elles applicables à la liberté? Voilà quelle est la vraie question à traiter, et non pas un blabla ou méli-mélo sur la liberté.
Même remarque, même exigence, même précision sur le deuxième sujet: pas d'inutiles considérations sur les bienfaits ou les dangers du désir, mais une réflexion qui parte de la méfiance et se demande si ce sentiment est applicable aux désirs. Est-ce si difficile? Et pourtant, beaucoup d'élèves ne le font pas, alors que j'ai lourdement insisté là-dessus.
C'est pénible, parce que certaines dissertations sont fort bien construites, correctement rédigées, très organisées, avec des idées développées, de véritables argumentations, bref quelque chose d'intéressant mais... qui ne répond pas explicitement à la question posée. Au mieux, je peux mettre 10 sur 20, mais pas au-delà, parce que l'objectif n'est pas rempli.
C'est rageant, autant pour l'élève que pour moi, car ses idées sont bonnes, et il aurait suffit qu'il les mette au service de la question posée pour que le résultat soit bien meilleur et que la note augmente nettement. A l'inverse, certains sont plus maladroits, maîtrisent moins l'écriture, développent insuffisamment leurs idées, se montrent confus, désordonnés... mais font l'effort de répondre à la question qu'on leur pose. Et ça change tout!
Il y a une coupable facilité d'échapper à ce qu'on vous demande, involontairement ou par ruse, même et surtout si on a les capacités de réflexion et de rédaction. Je ne peux pas le pardonner, je me dois de le sanctionner. Surtout lorsqu'il s'agit du troisième devoir, fait tranquillement à la maison.
samedi 29 novembre 2008
vendredi 28 novembre 2008
Panique dans les têtes.
Où en suis-je dans mes corrections de copies? C'est la question que se pose régulièrement un enseignant, surtout quand les conseils de classe du premier trimestre approchent, dans dix jours en ce qui me concerne. Il faut alors boucler les moyennes, vérifier si chaque élève a bien ses trois notes (un devoir par mois). Vous connaissez ma mésaventure d'hier, où deux élèves m'ont joué un sale tour.
Il me reste des travaux à corriger, ceux des TES2 et des TL2, pour tout vous dire. Vous savez donc à quoi mon week-end va être essentiellement occupé. Car la semaine prochaine, je dois remplir les bulletins, et ce n'est pas une mince affaire. En attendant, j'ai distribué aujourd'hui à mes trois classes le prochain sujet (l'un est à peine corrigé, il faut lancer le suivant!), à rendre pour avant les vacances de Noël.
C'est ma stratégie, dont je vous ai déjà parlé à la Toussaint: profiter des vacances non pas pour partir en vacances, mais pour corriger des copies. Attention, je n'en tire ni gloire, ni fierté: je ne fais que mon métier, on me paie pour ça. Quant aux élèves, je respecte toujours le délai de trois semaines, minimum syndical en quelque sorte pour préparer, rédiger et rendre un devoir.
En distribuant les feuilles des sujets, j'ai eu droit à une question de trois élèves, à propos de l'un des sujets de dissertation: le travail contribue-t-il à unir ou à diviser les hommes? Voilà ce qui m'a été demandé, et qui m'a mis en rogne: que faut-il répondre à la question? Unir ou diviser? C'était moins bien dit que ça, mais ça voulait dire ça. A quoi j'ai rétorqué: la réponse, ce n'est pas à moi de vous la donner, c'est à vous de la chercher!
En vérité, que s'est-il passé dans la tête de ces élèves, et dans la tête de combien qui sont restés silencieux? Habituellement, les questions de dissertation appellent des réponses affirmatives ou négatives. Mais peu importe, ai-je dit aux élèves en début d'année: en philo, on ne raisonne pas en oui/non, comme l'âne ferait hi han. Malgré mon avertissement, les esprits ont besoin, pour leur confort, de ces deux petits mots très tranchés, sans nuance, sans subtilité, oui/non.
Du coup, quand ils découvrent une question, à la façon de celle portant sur le travail, qui échappe à cette facile dichotomie, ils se sentent perdus. C'est malheureux mais c'est ainsi. Pourtant, à savoir si le travail nous unit ou nous divise, il n'y a pas de quoi être perturbé. Mais non, le systématisme est plus fort que tout. La réponse ne rentre pas dans les deux cases oui/non, c'est la panique dans certaines têtes.
De quoi vraiment me mettre en rogne. Comme s'il n'existait pas une gamme très riche de réponses: peut-être, à condition que, oui mais, non sauf, oui en un sens et non en un autre sens, etc. On ne répond brutalement oui ou non que lorsqu'on est dans un constat d'évidence, pas dans une recherche de vérité. Dire oui ou non, c'est passer aux aveux devant le policier ou se marier devant monsieur le maire ou monsieur le curé, ce n'est pas penser. Le "ni oui ni non", c'est le jeu préféré du philosophe.
Il me reste des travaux à corriger, ceux des TES2 et des TL2, pour tout vous dire. Vous savez donc à quoi mon week-end va être essentiellement occupé. Car la semaine prochaine, je dois remplir les bulletins, et ce n'est pas une mince affaire. En attendant, j'ai distribué aujourd'hui à mes trois classes le prochain sujet (l'un est à peine corrigé, il faut lancer le suivant!), à rendre pour avant les vacances de Noël.
C'est ma stratégie, dont je vous ai déjà parlé à la Toussaint: profiter des vacances non pas pour partir en vacances, mais pour corriger des copies. Attention, je n'en tire ni gloire, ni fierté: je ne fais que mon métier, on me paie pour ça. Quant aux élèves, je respecte toujours le délai de trois semaines, minimum syndical en quelque sorte pour préparer, rédiger et rendre un devoir.
En distribuant les feuilles des sujets, j'ai eu droit à une question de trois élèves, à propos de l'un des sujets de dissertation: le travail contribue-t-il à unir ou à diviser les hommes? Voilà ce qui m'a été demandé, et qui m'a mis en rogne: que faut-il répondre à la question? Unir ou diviser? C'était moins bien dit que ça, mais ça voulait dire ça. A quoi j'ai rétorqué: la réponse, ce n'est pas à moi de vous la donner, c'est à vous de la chercher!
En vérité, que s'est-il passé dans la tête de ces élèves, et dans la tête de combien qui sont restés silencieux? Habituellement, les questions de dissertation appellent des réponses affirmatives ou négatives. Mais peu importe, ai-je dit aux élèves en début d'année: en philo, on ne raisonne pas en oui/non, comme l'âne ferait hi han. Malgré mon avertissement, les esprits ont besoin, pour leur confort, de ces deux petits mots très tranchés, sans nuance, sans subtilité, oui/non.
Du coup, quand ils découvrent une question, à la façon de celle portant sur le travail, qui échappe à cette facile dichotomie, ils se sentent perdus. C'est malheureux mais c'est ainsi. Pourtant, à savoir si le travail nous unit ou nous divise, il n'y a pas de quoi être perturbé. Mais non, le systématisme est plus fort que tout. La réponse ne rentre pas dans les deux cases oui/non, c'est la panique dans certaines têtes.
De quoi vraiment me mettre en rogne. Comme s'il n'existait pas une gamme très riche de réponses: peut-être, à condition que, oui mais, non sauf, oui en un sens et non en un autre sens, etc. On ne répond brutalement oui ou non que lorsqu'on est dans un constat d'évidence, pas dans une recherche de vérité. Dire oui ou non, c'est passer aux aveux devant le policier ou se marier devant monsieur le maire ou monsieur le curé, ce n'est pas penser. Le "ni oui ni non", c'est le jeu préféré du philosophe.
jeudi 27 novembre 2008
Une journée pas si particulière.
Quelle journée! Deux classes, deux élèves qui n'ont pas rendu leur copie, tous les deux absents le jour de la remise des devoirs, et qui n'ont rien dit une fois rentrés. Inacceptable et stupide! Ils devaient bien savoir que je finirais par savoir... Si encore ils avaient eu l'intelligence d'inventer une excuse vraisemblable! Même pas. Je n'en reviens pas, et je suis évidemment fort en colère. Ont-ils conscience de l'image, très négative, qu'ils donnent d'eux-mêmes en agissant ainsi? Je n'en suis même pas certain.
Ces deux-là, lecteurs réguliers de ce blog, vous les connaissez: ce sont les oreilles de Mickey (voir le billet du 24 novembre "Un problème d'écouteurs") et la cavalière (voir le billet du 12 septembre "Le jockey et le vendangeur"). Ils ne sont pas méchants, pourtant. Mais pourquoi ont-ils fait ça? Deux copies non rendues sur 89 élèves, ce n'est pas beaucoup, me direz-vous. Je vous répondrais que ce sont deux de trop. Je le vis comme une violation du contrat qui me lie aux élèves: rendre son travail au jour et à l'heure. Négliger ça, c'est porter atteinte à tout le reste.
En fin d'après-midi, réunion du CVL, Conseil de Vie Lycéenne: face-à-face, 5 adultes (un prof, deux parents, une infirmière, une surveillante) et 9 élèves (dont 5 à moi). Premier point à l'ordre du jour: la visite d'un élève du CVL à Xavier Darcos, le 15 novembre, pour parler de la nouvelle classe de Seconde. Deuxième point: le budget participatif, c'est-à-dire la jolie somme que verse la Région (près de 20 000 euros) pour des activités culturelles ou des aménagements matériels demandés par les élèves. Je compte bien, par ce biais, recommencer l'offre de 30 places gratuites pour les lycéens en vue des séances du Ciné-Philo.
Ces deux-là, lecteurs réguliers de ce blog, vous les connaissez: ce sont les oreilles de Mickey (voir le billet du 24 novembre "Un problème d'écouteurs") et la cavalière (voir le billet du 12 septembre "Le jockey et le vendangeur"). Ils ne sont pas méchants, pourtant. Mais pourquoi ont-ils fait ça? Deux copies non rendues sur 89 élèves, ce n'est pas beaucoup, me direz-vous. Je vous répondrais que ce sont deux de trop. Je le vis comme une violation du contrat qui me lie aux élèves: rendre son travail au jour et à l'heure. Négliger ça, c'est porter atteinte à tout le reste.
En fin d'après-midi, réunion du CVL, Conseil de Vie Lycéenne: face-à-face, 5 adultes (un prof, deux parents, une infirmière, une surveillante) et 9 élèves (dont 5 à moi). Premier point à l'ordre du jour: la visite d'un élève du CVL à Xavier Darcos, le 15 novembre, pour parler de la nouvelle classe de Seconde. Deuxième point: le budget participatif, c'est-à-dire la jolie somme que verse la Région (près de 20 000 euros) pour des activités culturelles ou des aménagements matériels demandés par les élèves. Je compte bien, par ce biais, recommencer l'offre de 30 places gratuites pour les lycéens en vue des séances du Ciné-Philo.
mercredi 26 novembre 2008
Les déçus du café philo.
Mais non, l'article est positif, et son titre doit être compris au second degré. Je vous cite le début:
"Parmi les déçus du café philo de la rue Charpentier doivent figurer ceux qui espèrent y trouver une réponse."
Et la fin de l'article:
"On aura compris, aucun consensus n'est obtenu, et ce n'est pas le but. Cette démarche philosophique sert à secouer les idées, à rendre intriguant ce qui pouvait paraître banal. Le café philo fait venir les gens avec une question, et les renvoie avec un questionnement. D'où son utilité citoyenne et démocratique."
Le journaliste a tout compris! Je ne saurais mieux dire. Moi aussi, parfois, je suis en butte à l'incompréhension de certains participants, qui saisissent mal et n'adhèrent pas à l'esprit café philo. Ils me réclament des références (ce n'est pas une conférence), ils voudraient un ordre précis (ce n'est pas un cours), ils souhaiteraient que je guide les débats (je ne suis pas ici professeur mais animateur), ils s'attendent à une conclusion (je n'ai aucun message à délivrer).
Le café philo, c'est la liberté d'échanger, le plaisir de se retrouver, rien de plus, rien de moins. Ca s'appelle café philo parce que le lieu est un café, que le sujet est philosophique et que l'animateur est prof de philo. Mais la comparaison s'arrête là. Et c'est suffisant. Après tout, la déception est une forme de pédagogie, le moyen de perdre ses illusions. De ce point de vue, elle est une étape de la philosophie.
mardi 25 novembre 2008
La Salle des Conseils.
La Salle des Conseils, c'est un terme très élyséen, qui désigne, dans mon lycée, la salle de réunion où se tiennent les conseils de classe, les conseils d'administration et toute sorte de réunions. Nous aurions pu l'appeler salle Henri-Martin, d'autant que le buste du personnage qui a donné son nom à l'établissement domine cette salle. Mais ça n'aurait guère été original. Quant à "salle de réunion", c'est d'un commun qui n'a pas sa place chez nous (plaisantons un peu, bien sûr...).
Ceci dit, c'est une magnifique salle, rénovée il y a plus de dix ans, et qui est encore comme neuve. Une grande table ovale, style conseil des ministres, occupe tout l'espace. Au fond, c'est la partie réservée à la direction, au dessous de deux drapeaux, français et européen. Au mur, il y a de jolis tableaux, qu'on peut toujours regarder quand on s'ennuie. Sinon, il ressort de cette salle une ambiance de chaleur, le bois de la table et du plancher y sont je crois pour quelque chose.
C'est surtout une salle qui donne le sentiment qu'il s'y passe des évènements importants, officiels, solennels, comme celui de ce matin, 11h00. Le chef d'établissement rencontrait un autre chef d'établissement, le proviseur du lycée européen de Villers-Cotterêts, pour signer une convention entre les deux établissements, qui permettra des échanges, des jumelages et des voyages, jusqu'en Chine! Ce matin, le vaste monde était convoqué dans la Salle des Conseils.
La scène m'évoquait une rencontre au sommet, entre chefs d'Etat, flanqués de leur Premier ministre, s'apprêtant à conclure une alliance, sous le flash d'un seul photographe, celui du journal L'Union. Mais qu'est-ce qui distingue un proviseur d'un proviseur-adjoint? L'un est plus âgé, l'autre plus jeunot. Détail amusant, l'adjoint de Villers est le portrait craché de Jean-Luc Mélenchon rajeuni!
Et moi, qu'est-ce que je faisais là? Les membres du conseil d'administration étaient conviés à la petite cérémonie, ainsi que les profs de langues. Mais j'ai raté le pot de l'amitié. Je devais filer à Hirson, pour animer un débat avec des lycéens, dont je vous parlerai peut-être demain.
Ceci dit, c'est une magnifique salle, rénovée il y a plus de dix ans, et qui est encore comme neuve. Une grande table ovale, style conseil des ministres, occupe tout l'espace. Au fond, c'est la partie réservée à la direction, au dessous de deux drapeaux, français et européen. Au mur, il y a de jolis tableaux, qu'on peut toujours regarder quand on s'ennuie. Sinon, il ressort de cette salle une ambiance de chaleur, le bois de la table et du plancher y sont je crois pour quelque chose.
C'est surtout une salle qui donne le sentiment qu'il s'y passe des évènements importants, officiels, solennels, comme celui de ce matin, 11h00. Le chef d'établissement rencontrait un autre chef d'établissement, le proviseur du lycée européen de Villers-Cotterêts, pour signer une convention entre les deux établissements, qui permettra des échanges, des jumelages et des voyages, jusqu'en Chine! Ce matin, le vaste monde était convoqué dans la Salle des Conseils.
La scène m'évoquait une rencontre au sommet, entre chefs d'Etat, flanqués de leur Premier ministre, s'apprêtant à conclure une alliance, sous le flash d'un seul photographe, celui du journal L'Union. Mais qu'est-ce qui distingue un proviseur d'un proviseur-adjoint? L'un est plus âgé, l'autre plus jeunot. Détail amusant, l'adjoint de Villers est le portrait craché de Jean-Luc Mélenchon rajeuni!
Et moi, qu'est-ce que je faisais là? Les membres du conseil d'administration étaient conviés à la petite cérémonie, ainsi que les profs de langues. Mais j'ai raté le pot de l'amitié. Je devais filer à Hirson, pour animer un débat avec des lycéens, dont je vous parlerai peut-être demain.
lundi 24 novembre 2008
Un problème d'écouteurs.
J'ai deux élèves, sur 89, qui arrivent en classe avec deux énormes écouteurs autour du cou. On dirait des oreilles de Mickey. Ca les fait ressembler à des personnes travaillant à la radio ou dans un cockpit d'avion. C'est très bizarre, mais je suis sans doute le seul à trouver ça très bizarre. L'un de ces casques est d'un rose très voyant. Ces élèves ne s'en servent pas, du moins devant moi. D'autres élèves, dans le lycée, se baladent certes avec des écouteurs, mais ce sont de petits fils discrets à l'oreille.
Les deux élèves en question travaillent normalement, me semble-t-il. Rien en eux, pour le moment, ne trahit une certaine distraction. Il n'empêche que cette image qu'ils donnent d'eux-mêmes n'est pas vraiment positive. Porter un casque musical signifie qu'on a écouté ou qu'on va écouter de la musique, à l'intérieur de l'établissement, entre deux cours ou à la récréation.
Est-ce choquant? Pas vraiment, nous avons un foyer avec billard et télévision allumée. Le lycée n'est donc pas un lieu intégralement consacré au travail. Un peu de divertissement y a sa part, de fait. Mais l'exhiber aussi ostensiblement est peut-être aussi contestable que l'affichage d'un signe religieux. Les écouteurs pourraient rester dans le sac. Mais comme ils sont vraiment gros, je suppose qu'il y a un problème de place.
Et puis, sortir son portable après le cours, est-ce mieux? Pas certain. Pourtant, cela se fait, et chez moi, il n'y pas pour autant trouble à l'ordre scolaire. Moi aussi, il m'arrive de téléphoner, sans me cacher. Le problème de ces écouteurs (si problème il y a!), c'est comme la dimension d'une croix ou d'une médaille, c'est leur grosseur. Je ne dirais pas qu'ils font du prosélytisme, mais leur présence est tellement visible et incongrue dans une salle de classe qu'elle passerait presque, aux yeux d'un enseignant mal intentionné, pour une revendication ou même une provocation. C'est qu'ils sont gros, vraiment gros, ces écouteurs, et qu'ils font une drôle de tête à ceux qui les portent!
Je pourrai les interdire, exiger la discrétion, mais encore une fois, ce que je vois moi, personne ne semble le remarquer ni s'en offusquer. Donc je laisse faire. Mais si tous les élèves venaient avec cet attirail autour du cou, la situation deviendrait surréaliste et franchement gênante. Le philosophe Emmanuel Kant nous explique qu'une proposition est moralement acceptable quand elle est universalisable. Là, ce n'est pas le cas! Mais j'ai choisi de ne rien dire parce que, encore une fois, il n'y a pas trouble à l'ordre scolaire, et c'est pour moi l'essentiel. Et puis, en interdisant les deux machins, peut-être que je créerais un problème qui n'existe pas, sinon que pour moi. Allez savoir...
Les deux élèves en question travaillent normalement, me semble-t-il. Rien en eux, pour le moment, ne trahit une certaine distraction. Il n'empêche que cette image qu'ils donnent d'eux-mêmes n'est pas vraiment positive. Porter un casque musical signifie qu'on a écouté ou qu'on va écouter de la musique, à l'intérieur de l'établissement, entre deux cours ou à la récréation.
Est-ce choquant? Pas vraiment, nous avons un foyer avec billard et télévision allumée. Le lycée n'est donc pas un lieu intégralement consacré au travail. Un peu de divertissement y a sa part, de fait. Mais l'exhiber aussi ostensiblement est peut-être aussi contestable que l'affichage d'un signe religieux. Les écouteurs pourraient rester dans le sac. Mais comme ils sont vraiment gros, je suppose qu'il y a un problème de place.
Et puis, sortir son portable après le cours, est-ce mieux? Pas certain. Pourtant, cela se fait, et chez moi, il n'y pas pour autant trouble à l'ordre scolaire. Moi aussi, il m'arrive de téléphoner, sans me cacher. Le problème de ces écouteurs (si problème il y a!), c'est comme la dimension d'une croix ou d'une médaille, c'est leur grosseur. Je ne dirais pas qu'ils font du prosélytisme, mais leur présence est tellement visible et incongrue dans une salle de classe qu'elle passerait presque, aux yeux d'un enseignant mal intentionné, pour une revendication ou même une provocation. C'est qu'ils sont gros, vraiment gros, ces écouteurs, et qu'ils font une drôle de tête à ceux qui les portent!
Je pourrai les interdire, exiger la discrétion, mais encore une fois, ce que je vois moi, personne ne semble le remarquer ni s'en offusquer. Donc je laisse faire. Mais si tous les élèves venaient avec cet attirail autour du cou, la situation deviendrait surréaliste et franchement gênante. Le philosophe Emmanuel Kant nous explique qu'une proposition est moralement acceptable quand elle est universalisable. Là, ce n'est pas le cas! Mais j'ai choisi de ne rien dire parce que, encore une fois, il n'y a pas trouble à l'ordre scolaire, et c'est pour moi l'essentiel. Et puis, en interdisant les deux machins, peut-être que je créerais un problème qui n'existe pas, sinon que pour moi. Allez savoir...
dimanche 23 novembre 2008
Philo, philo, philo.
Mon début de week-end a été philosophiquement chargé. J'ai animé trois cafés-philo en deux jours. Heureusement, jeudi soir, à Saint-Quentin, c'est Alain qui a assuré la "gestion" de la séance, moi seulement présent en tant que participant (je devais me rendre, avant la fin, à la conférence de Jean-Louis Debré, dont je vous ai parlé).
Premier café-philo: à Guise, mon rendez-vous mensuel au Centre social, dans l'atelier d'insertion des jeunes femmes rmistes. On rit et on réfléchit beaucoup. Pour ces personnes en marge, la rencontre avec un prof de philo, ce n'est pas rien, c'est une ouverture sur tout un monde qui leur fait du bien, auquel elles ont droit. Le sujet de ce vendredi après-midi: L'humanité est-elle condamnée à disparaître? Pas facile...
Qu'est-ce qui pourrait faire disparaître l'humanité? Un cataclysme naturel (tout le monde a à l'esprit le tsunami), la folie des hommes (une guerre nucléaire), la révolte des animaux (ne parle-t-on pas d'abeilles-tueuses?), la maladie (on a connu la peste et le choléra), la faim, la pénurie (d'eau par exemple)... La science-fiction évoque souvent la disparition de l'humanité, notamment par l'invasion d'extra-terrestres. Mais on n'y croit pas vraiment. Et puis, cette histoire de fin du monde, ne serait-ce pas un mauvais coup de la religion?
Et si l'humanité disparaissait d'elle-même? En ne se reproduisant plus (ou pas suffisamment). Ou bien en se métamorphosant, par les manipulation génétiques: une surhumanité idéale mettant fin à notre vieille humanité imparfaite. Réjouissant ou inquiétant? Un intervenant a mis tout le monde d'accord: dans cinq milliards d'années, le soleil va exploser et détruite notre planète. Mais d'ici là, peut-être que l'humanité aura colonisé l'univers?
Deuxième café-philo: le vendredi soir, à Essigny-le-Grand, à la demande de l'association Généalogie-Aisne. Vous devinez bien sûr le thème: Se connaît-on mieux quand on connaît sa généalogie? Rires, bonne humeur, apéritifs et petits gâteaux, une soirée philosophique réussie. Après tout, dans le Banquet de Platon, on boit, on rit, on s'amuse aussi. L'austère philosophie, c'est bon pour le lycée! Et encore... Avec nos généalogistes, nous tenons surtout à dénoncer les préjugés qui leur collent à la peau et à s'interroger sur cette passion contemporaine, au beau milieu d'une société individualiste qui a moins d'égards que par le passé envers la famille.
Troisième café-philo: samedi soir, à Soissons, au Havana Café, sur le thème: Savons-nous encore nous amuser? Je ne sais pas, mais nous nous sommes bien amusés à y réfléchir... Je vous laisse picorer dans quelques questions que nous nous sommes posés:
- L'amusement est-il une perte de temps?
- Le sérieux et l'amusement sont-ils compatibles?
- L'amusement est-il nécessaire au bonheur?
- Y a-t-il des amusements tristes et tragiques?
- L'amusement est-il réservé aux enfants?
- Peut-on s'amuser tout seul?
- La fête est-elle le sommet de l'amusement?
- L'Etat est-il chargé de nous amuser?
Etc
Nous avons prolongé l'amusement au restau, où Jean-Louis, prof d'histoire, s'est livré à une attaque en règle contre l'orthographe de notre langue, absurde et discriminatoire, lui préférant l'écriture phonétique. C'est rare d'entendre un prof dire ça. Pour la plupart, l'orthographe est une vache sacrée. Et sacrément vache! (je m'amuse, quoi...)
Premier café-philo: à Guise, mon rendez-vous mensuel au Centre social, dans l'atelier d'insertion des jeunes femmes rmistes. On rit et on réfléchit beaucoup. Pour ces personnes en marge, la rencontre avec un prof de philo, ce n'est pas rien, c'est une ouverture sur tout un monde qui leur fait du bien, auquel elles ont droit. Le sujet de ce vendredi après-midi: L'humanité est-elle condamnée à disparaître? Pas facile...
Qu'est-ce qui pourrait faire disparaître l'humanité? Un cataclysme naturel (tout le monde a à l'esprit le tsunami), la folie des hommes (une guerre nucléaire), la révolte des animaux (ne parle-t-on pas d'abeilles-tueuses?), la maladie (on a connu la peste et le choléra), la faim, la pénurie (d'eau par exemple)... La science-fiction évoque souvent la disparition de l'humanité, notamment par l'invasion d'extra-terrestres. Mais on n'y croit pas vraiment. Et puis, cette histoire de fin du monde, ne serait-ce pas un mauvais coup de la religion?
Et si l'humanité disparaissait d'elle-même? En ne se reproduisant plus (ou pas suffisamment). Ou bien en se métamorphosant, par les manipulation génétiques: une surhumanité idéale mettant fin à notre vieille humanité imparfaite. Réjouissant ou inquiétant? Un intervenant a mis tout le monde d'accord: dans cinq milliards d'années, le soleil va exploser et détruite notre planète. Mais d'ici là, peut-être que l'humanité aura colonisé l'univers?
Deuxième café-philo: le vendredi soir, à Essigny-le-Grand, à la demande de l'association Généalogie-Aisne. Vous devinez bien sûr le thème: Se connaît-on mieux quand on connaît sa généalogie? Rires, bonne humeur, apéritifs et petits gâteaux, une soirée philosophique réussie. Après tout, dans le Banquet de Platon, on boit, on rit, on s'amuse aussi. L'austère philosophie, c'est bon pour le lycée! Et encore... Avec nos généalogistes, nous tenons surtout à dénoncer les préjugés qui leur collent à la peau et à s'interroger sur cette passion contemporaine, au beau milieu d'une société individualiste qui a moins d'égards que par le passé envers la famille.
Troisième café-philo: samedi soir, à Soissons, au Havana Café, sur le thème: Savons-nous encore nous amuser? Je ne sais pas, mais nous nous sommes bien amusés à y réfléchir... Je vous laisse picorer dans quelques questions que nous nous sommes posés:
- L'amusement est-il une perte de temps?
- Le sérieux et l'amusement sont-ils compatibles?
- L'amusement est-il nécessaire au bonheur?
- Y a-t-il des amusements tristes et tragiques?
- L'amusement est-il réservé aux enfants?
- Peut-on s'amuser tout seul?
- La fête est-elle le sommet de l'amusement?
- L'Etat est-il chargé de nous amuser?
Etc
Nous avons prolongé l'amusement au restau, où Jean-Louis, prof d'histoire, s'est livré à une attaque en règle contre l'orthographe de notre langue, absurde et discriminatoire, lui préférant l'écriture phonétique. C'est rare d'entendre un prof dire ça. Pour la plupart, l'orthographe est une vache sacrée. Et sacrément vache! (je m'amuse, quoi...)
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